Actualité théâtrale

Théâtre de la Bastille, jusqu’au 20 décembre 2014.

Le Misanthrope (L’atrabilaire amoureux) de Molière. Mise en scène Thibault Perrenoud –Compagnie Kobal’t.

Inépuisable théâtre de Molière !

" Le Misanthrope" est cette fois à l’affiche du Théâtre de la Bastille.

A la question qu’on ne cesse de lui poser de savoir pourquoi monter cette pièce aujourd’hui et dans ce lieu, le jeune metteur en scène Thibault Perrenoud a deux réponses :

Parce que la pièce est magnifique et que la langue "est à tomber par terre".

Parce que c’est une pièce que l’on peut prendre comme "un moment de vie", comme "un moment de crise" comme l’histoire universelle d’un homme et d’une femme qui s’aiment mais qui ne peuvent pas s’empêcher de se faire du mal.

Le spectacle imaginé par Thibault Perrenoud commence par une violente altercation entre Alceste et Philinte. Ils en sont venus aux mains et le ton de la mise en scène est donné dans la minute même où on doit les séparer pour éviter un échange de coups.

Alceste n’est pas seulement un homme que les mensonges et les faux semblants qui se pratiquent à la Cour révoltent. C’est un homme emporté, une nature à fleur de peau qu’une extrême sensibilité expose à des emportements difficilement contrôlables.

Théâtre : "Le Misanthrope"

Le choix du metteur en scène d’habiller les personnages de vêtements contemporains ordinaires sans la moindre recherche esthétique surprend dans un premier temps.

Célimène porte un jean ajusté et des vernis à talons hauts. Alceste une veste de " surplus américain" et Arsinoé ne descend pas d’un carrosse mais d’un VTT dont le système antivol va lui donner du fil à retordre.

Thibault Perrenoud va jusqu’à apparenter le petit monde de la Cour à celui d’un groupe d’intellectuels tendance "bobo" très actuel, critiquant les tics auxquels sont soumises les mises en scène de théâtre branchées : la nudité entre autres dont on use même quand elle ne se justifie pas. Et pour aller au bout de son propos, Thibault Perrenoud fera dire à Alceste lorsque celui-ci se dénudera au moment de partir pour le désert : "quéquette !".

On aurait pu craindre le pire de telles audaces, craindre de voir la langue de Molière se trouver dissoute dans un tel assaut de libertés.

Pas du tout. Et c’est la grande réussite du metteur en scène que d’avoir su conserver, au milieu de cette débauche d’allusions à notre temps, le texte, non seulement dans son intégralité mais d’avoir sur le marier à une gestuelle et à un débit de paroles, une élocution délibérément actuels.

Si le spectacle n’échappe pas à quelques débordements, quelques excès de "théâtralité", ce ne sont jamais des "facilités" mais ces courts moments sont plutôt dus à un trop plein d’énergie de la part de comédiens à qui on pardonne d’autant plus qu’ils sont tous des interprètes épatants.

Alceste est magnifique. Philinte aussi et même si le parti-pris de mise en scène sied un peu moins aux personnages de Célimène ou d’Arsinoé, ce ne sont pas les comédiennes qui sont en cause, mais le spectateur qui, face à tant de talent, a tendance à se montrer très exigeant.

"Le Misanthrope " au Théâtre de la Bastille est une incontestable réussite.

On ressort de là joyeux, heureux de constater que le théâtre nous réserve encore de si belles surprises.

Francis Dubois

Théâtre de la Bastille 76 rue de la Roquette 75 011 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative 01 43 57 42 14

www.theatre-bastille.com

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