Actualité théâtrale

Théâtre de l’œuvre, partenaire Réduc’Snes, jusqu’au 28 février 2014.

"Le Misanthrope " de Molière Mise en scène Michel Fau.

 

 

 

 

Alceste, l’atrabilaire amoureux n’a plus de mystère pour le spectateur.

On sait tout, depuis les bancs du collège, de son inimitié pour les gens de Cour qu’il étend à l’espèce humaine dont il ne supporte pas les compromissions, le goût pour le faire-semblant et les flatteries vaines.

Mais Alceste est pris dans ses contradictions puisque son amour n’a d’autre visage que celui de Célimène, une jeune veuve qui se prête au jeu artificiel des petits marquis.

Pour avoir dit sans précautions ce qu’il pensait du sonnet que soumet Oronte, un homme bien placé à la Cour, à son appréciation, il devra se soumettre à un procès qu’il va perdre pour son grand bonheur, puisque l’injustice dont il est victime fera grandir à ce point sa misanthropie qu’il s’en repaîtra et se retirera définitivement du monde…

 

On a souvent cherché à reconsidérer dans un esprit "moderne" les classiques et la pièce de Molière en la jouant en costumes actuels, dans des décors assortis.

Ce n’est pas le choix de Michel Fau qui, fuyant toute actualisation réductrice, tout en restant fidèle à son goût pour l’esthétique expressionniste et baroque, sert au plus près le texte de Molière et du XVIIème siècle avec une mise en scène traditionnelle qu’il émaille ici et là d’une légère distanciation.

Derrière son interprétation "classique" d’Alceste, se profilent à peine, avec de très légers débordements, les penchants espiègles du comédien, avec ici et là, un geste, une mimique décalés et bienvenus.

Julie Depardieu joue avec retenue une Célimène juste et touchante et le face à face de ces deux comédiens débouche sur le meilleur qu’on puisse attendre du théâtre classique et ici, de la pièce de Molière, qu’ils servent magnifiquement.

Toute la distribution serait à citer tant elle est harmonieuse et cohérente. Chacun donnant sa partition, comme il convient, dans l’excès (Jean-Paul Muel en Oronte) ou dans le retenue de l’honnête homme (Jean-Pierre Lorit en Philinte).

Edith Scob est une Arsinoé des plus savoureuses.

Le décor est superbe soumis à de constants jeux de lumière qui en modifient le grain et les costumes, au diapason, et sont un ravissement pour l’œil.

Un magnifique spectacle à tous points de vue mais aussi une lecture limpide du texte.

Il faut y courir.

Une belle occasion pour un jeune public de découvrir Molière.

 

Francis Dubois

 

Théâtre de l’œuvre, 55 rue de Clichy 75 009 Paris

 

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 53 88 88

 

 

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)
  • « À l’abordage »
    Sasha troublée par la beauté d’un jeune homme Ayden arrive avec son amie Carlie dans la communauté où il habite avec un maître à penser charismatique, Kinbote, secondé par sa sœur, Théodora. Kinbote... Lire la suite (18 septembre)
  • « Contes et légendes »
    L’intelligence artificielle est au cœur des recherches scientifiques d’aujourd’hui. Simples remplaçants des hommes pour des tâches répétitives ou dangereuses au départ, on ferait bien aujourd’hui des... Lire la suite (17 septembre)
  • « Où est mon chandail islandais ? »
    Knutte est revenu au village pour l’enterrement de son père. Il n’est pas venu les mains vides, mais les poches pleines de bière, sans compter celles qu’il pourra trouver, ainsi que quelques... Lire la suite (17 septembre)