Actualité théâtrale

Théâtre des Quartiers d’Ivry-Studio Casanova

"Le Moche" - "Voir clair" - "Perplexe" de Marius Von Mayenburg / Mise en scène Maïa Sandoz. jusqu’au 22 mars 2015

Monsieur Lette a un visage à ce point disgracieux qu’on lui refuse l’accès au podium où il devait présenter et faire la promotion de son invention.
S’il ne veut pas, pour l’occasion se voir remplacé par son jeune adjoint, il lui faudra passer par la chirurgie esthétique. C’est l’option qu’il choisit.
Mais lorsqu’il se réveille de l’anesthésie, il constate que son visage est devenu un véritable chef-d’œuvre… (Le moche)

Eva et Robert rentrent de vacances et retrouvent dans leur appartement Judith et Sébastien qui avaient pour mission d’arroser leurs plantes.
Mais Judith et Sébastien qui se sont installés dans les murs pendant leur absence, ne semblent pas être prêts à quitter les lieux où ils ont pris leurs habitudes.
Ils se comportent désormais comme les occupants officiels de l’appartement… (Perplexe)

Une troisième pièce du même auteur, Voir Clair, est également donnée sur le plateau de la salle Danielle Casanova du Théâtre des Quartiers d’Ivry.

En 2009, Bernard Sobel avait mis en scène La pierre de Marius von Mayenburg à la Colline.
Une vieille dame, sa fille et sa petite fille revenaient habiter en 1993 dans une maison qu’ils avaient achetée, pendant la guerre, à des juifs obligés de fuir.

© Danica Bijeljac

Le mécanisme narratif des œuvres de cet auteur né en 1972 à Munich, est sensiblement le même d’une pièce à l’autre. Partant d’une situation réaliste, le récit glisse progressivement dans des domaines parallèles flirtant avec le fantastique. Le fil des transformations est invisible et le spectateur est tout à coup projeté dans une sorte de kaléidoscope narratif proche du phénomène d’une illusion d’optique. On est confronté à des glissements du temps, des espaces, des identités des personnages. Dans certaines pièces comme Perplexe la construction et la déconstruction des édifices narratifs qui se produisent à vue, lorgnent du côté de l’absurde, du grotesque. Le procédé fonctionne ou pas. Quelquefois les ficelles trop grosses trahissent une intention un peu systématique et le récit "prend l’eau". Quelquefois le processus fonctionne et on est pris par surprise, amusé et on apprécie une mécanique narrative huilée. C’est inégal.

Mais dans tous les cas, les textes de von Mayenburg nécessitent une mise en scène qui colle à leur étrangeté et Maïa Sandoz avec un travail trop sage trop prudent, n’atteint que très rarement les domaines imaginatifs qui leur donneraient une dimension plus ample et surtout plus inquiétante. Sa mise en scène traite sur le même plan la partie réaliste des textes et les dérives fantastiques. Les dialogues, les costumes, les transformations à vue ne suffisent pas et on reste quelquefois sur sa faim.

Francis Dubois

Théâtre des Quartiers d’Ivry, Studio Casanova
69 avenue Danielle Casanova Ivry-sur-Seine.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 43 90 11 11

www.theatre-quartiers-ivry.com

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