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Un film d’Alain Cavalier (France)

"Le Paradis" Sortie en salles le 8 octobre 2014

Dans un parc, une paonne traîne derrière elle son poussin titubant, dont on pressent qu’il n’en a pas pour longtemps à vivre. Récupéré par une main salvatrice et tenu au chaud sous des épaisseurs de linges, il meurt malgré tout. Cinéma - film "Le Paradis"

Pourquoi tente-t-on de débarrasser de leur rouille des clous en les trempant dans du coca-cola ? Tout simplement pour construire, en enfonçant les clous dans le pied d’un arbre, une pierre tombale à l’oisillon que des prédateurs ont emporté pendant la nuit. La pierre sertie de clous plantés à la base de l’arbre, résistera aux saisons. A l’automne, elle sera couverte de feuillages, en hiver, de neige et au printemps, elle sera prise dans la végétation nouvelle. Un paon, un coq à la crête écarlate, des chats, un oisillon blessé complèteront le bestiaire vivant du film d’Alain Cavalier.

Une jeune fille échange avec un interlocuteur invisible, selon une série d’expressions courantes qui se font écho et une autre jeune fille raconte comment, grâce à Internet, elle a pu rentrer en contact avec une famille biologique qu’elle n’avait jamais connue ; avec un père, footballeur géant qui lui a offert un ours en peluche dont elle semble avoir fait son objet fétiche.

Une petite fille dit une comptine et il suffit d’un décor où se font face un jouet-robot écarlate et une oie mécanique blanche, des pièces de bois noueux, pour qu’on en vienne à la mythologie, une branche bifide avec une tache de peinture rouge, pour figurer la crucifixion.

Alain Cavalier est peut-être un documentariste expérimental mais c’est, parallèlement un magicien, un poète, un humoriste qui se moque de lui-même, un cinéaste capable d’intéresser en racontant comment, après vingt-quatre heures de jeûne, tombé en arrêt devant l’étal d’un poissonnier il a finalement fait l’acquisition d’un rollmops roulé sur lequel la caméra s’attarde, auquel il ne manque que l’écrin pour qu’on le prenne pour un joyau… La magie éclaire-t-elle les objets que filme Alain Cavalier ou bien les objets qu’il filme alimentent-ils sa magie ?

Son film "Le Paradis" est un poème-puzzle, une réflexion en vrac (mais peut-être pas tant que ça) sur la nature, la religion, sa propre interprétation de la mythologie, la représentation du père, l’innocence, la pureté ou la représentation contemporaine d’un ange…

"Pour tenir tête au temps j’ai une parade qui est de fouiller dans mon stock d’émotions et d’images anciennes" déclare le cinéaste et il ajoute "non pas pour retrouver ce qui ne reviendra pas, mais pour deviner dans l’hiver, les signes du printemps".
Le spectateur amateur de films "ficelés sur mesure" ne trouvera pas dans cet opus de Cavalier de quoi le contenter. Ceux qui aiment les œuvres singulières, l’image intelligente, les beaux éclairages, l’humour, un lyrisme sans lyrisme, par contre, y trouveront à coup sûr leur compte.
Fascinant…

Francis Dubois

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