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Un film de Julie Delpy (France)

"Le Skylab" Sortie en salles le 5 octobre 2011

S’il est une réalisatrice à qui on ne peut pas reprocher de "faire à chaque fois le même film", c’est bien Julie Delpy. Sa première réalisation qui eut un beau succès et la propulsa dans la cour des grands, "2 days in Paris" était une comédie romantique qui n’avait pas froid aux yeux. En 2009, elle réalise "La Comtesse" qui racontait l’histoire, au XVIIème siècle, de la sanguinaire Comtesse Bathory.
La voilà réalisant un film choral où elle revisite son enfance, le temps d’une journée de 1979, en Bretagne, où toute une famille est réunie à l’occasion de l’anniversaire de la grand’mère.

Oncles, tantes, cousins, cousines, aïeuls pétulants ou vieillissants se partagent des séquences joviales où le dialogue incisif et le ton très personnel de la mise en scène font oublier que ce sont souvent des moments stéréotypés.
Rien ne manque. Ni le repas au jardin interrompu par une averse subite, ni la partie de foot entre garçons, ni l’escapade sur la plage, ni l’affrontement politique entre les convives de gauche et ceux de droite ou d’extrême droite.
Les personnages non plus n’échappent pas aux clichés, du couple de comédiens épanouis et libérés, à l’oncle facho, à la grand’mère maîtresse femme, en passant par le cousin qui s’essaie au grand jeu de la séduction ou les tout premiers émois amoureux…
Le film de Julie Delpy aurait pu pâtir de tant de "déjà vu".
Or, c’est tout contraire. Les moments les plus attendus d’une réunion familiale sont apprivoisés, traités de telle sorte qu’on tourne le stéréotype en moments savoureux et inventifs.
C’est que Julie Delpy qui doit garder un souvenir charmant des réunions familiales de son enfance joue sur des registres contrastés, la douceur et l’audace, les gentillesses et les coups de griffes, la tendresse et le trivial, à travers des scènes qui ont l’authenticité du vécu.
La construction du récit, le rythme y sont pour beaucoup, vifs et légers, mais plus encore son casting de bout en bout superbe.
Bernadette Lafont est une aïeule parfaite quand Emmanuelle Riva, en dame malicieuse et appliquée, nous rappelle qu’elle fut et reste une de nos grandes comédiennes. La bonne idée qu’a eue Julie Delpy d’avoir pensé à elles et de les avoir réunies !
Eric Elmosnino est un Jeannot gourmand de tout, Julie Delpy une quarantenaire bien dans sa peau. Il y a Aure Atika, Noémie Lvovsky, la délicieuse Sophie Quinton et l’inénarrable Valérie Bonneton en bègue, toujours à la traîne.
Julie Delpy a réalisé une œuvre simple, directe, vigoureuse, tour à tour drôle et touchante. Tout est immédiatement palpable dans ces retrouvailles familiales.
Savoureux d’un bout à l’autre.
Francis Dubois

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