Actualité théâtrale

Jusqu’au 18 octobre au Théâtre de la Tempête

« Le bizarre incident du chien pendant la nuit »

Lorsque Christopher a trouvé dans le jardin, le chien de sa voisine Madame Shears transpercé d’une fourche, il a décidé « d’investiguer », en dépit de l’interdiction que lui en fait son père. Christopher a 15 ans, il est totalement désemparé s’il s’agit de reconnaître une gare ou de prendre un billet de train, il ne supporte pas qu’on le touche, mais ses yeux brillent quand il s’agit de résoudre une équation. Á part Siobhan qui suit sa scolarité et son père qui connaît ses troubles comportementaux, il ne comprend rien aux autres. Pourtant il raisonne avec une logique implacable, émet des hypothèses, envisage toutes les solutions, c’est un autiste atteint du syndrome d’Asperger.

Á l’origine, il y a un roman de Mark Haddon qui aborde l’autisme sans pathos ni sophistication clinique, mais en observant un adolescent, avec ses angoisses, ses phobies et ses déductions logiques en décalage complet avec la réalité et les règles sociales. Philippe Adrien a aimé ce texte et décidé de le mettre en scène. C’est donc pour la forme du théâtre-récit qu’il a opté. Certains acteurs jouent des personnages mais adoptent parfois la position du narrateur pour accompagner Christopher dans ce qui ressemble à un parcours initiatique, une enquête puzzle où il découvrira l’assassin de Wellington, le chien, mais aussi des sentiments humains qui lui restent largement étrangers.

Théâtre : le bizarre incident du chien...

Suivant en cela l’adaptateur du roman, Simon Stephens, qui disait : « L’agilité avec laquelle Christopher passe d’une pensée à une autre puis à une autre encore est l’agilité d’un danseur », Philippe Adrien a introduit des moments chorégraphiés dans la pièce. Cela contribue à donner au parcours de Christopher une étrangeté, tantôt poétique comme lorsqu’un petit train électrique, censé emmener le héros vers Londres et sa mère, fonce dans la nuit ou quand ses passagers tentent de garder leur équilibre, tantôt angoissante comme lorsqu’il doit arriver à prendre le métro. Derrière le chœur mimant la foule sur le quai, l’arrivée du métro, son arrêt et son départ, on comprend de façon sensible, sans qu’aucune parole ne soit prononcée, l’angoisse de Christopher qui n’arrive pas à se décider à monter dans la rame.

Au sein d’une troupe homogène, il faut surtout noter la performance de Pierre Lefebvre qui interprète avec finesse Christopher. Les yeux écarquillés devant ces humains qu’il ne comprend pas bien, se reprenant vite pour faire entrer ce qu’il observe dans sa logique, les yeux brillants lorsqu’il pense à son concours de math, il sait danser à la manière de Michaël Jackson. Mais il sait aussi manier les silences, faire entendre les élans de l’adolescent qu’il incarne, sa détermination et ses hésitations. Au-delà des mots, il nous emmène dans les émotions et les vertiges de ce jeune autiste.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h

Théâtre de la Tempête

Cartoucherie

Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36

www.la-tempete.fr

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