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Un film de Claire Simon (France)

"Le bois dont les rêves sont faits" Sortie en salles le 13 avril 2016

Si on en a assez du bruit de la ville, de la circulation et du défilé incessant des voitures ; si on ne supporte plus de voir que des immeubles, on peut, comme le font de nombreux parisiens le week-end, s’évader au Bois de Vincennes.

On passe du trottoir au sentier et la rumeur de la ville s’éloigne, on se retrouve dans une prairie très éloignée et c’est la campagne tout à coup.

La ballade à l’intérieur du bois devient une fiction qu’on alimente en plongeant le regard dans les bois, les sous-bois, en écoutant les bruissements de la nature, le chant des oiseaux. Et l’illusion est réelle de se trouver plongé dans une forêt.

Où sont passés Paris, Saint-Mandé, Vincennes, Fontenay, Joinville, Saint-Maurice ou Charenton les villes limitrophes ? On est projeté dans un monde libre, un monde d’avant les villes, d’avant la civilisation, d’avant l’exil en ville ou en France. Celui de l’enfance, des désirs secrets, d’un monde qui serait l’inverse de la ville voisine, du travail, de la contrainte, une sorte de paradis perdu et retrouvé.

Cinéma : les bois dont les rêves sont faits

De la même façon qu’elle a autrefois pénétré la cour de récréation d’une école maternelle, ou sillonné la gare du Nord à la recherche de personnages réels ou fictifs, Claire Simon a cette fois investi le Bois de Vincennes de jour, de nuit, en toutes saisons.

Lorsqu’on s’y promène et même si on se hasarde dans les petits sentiers, on est loin, à partir de ce que l’on voit, d’imaginer la multitude de mondes que les feuillages dissimulent, des mondes séparés qui se croisent, cohabitent, mais qui entrent très peu en interaction.

Il y a les laissés pour compte de la société qui y ont trouvé refuge, organisé leurs vie et qui prétendent que pour rien au monde, ils ne retourneraient à la civilisation. Il y les solitaires, les misanthropes, Philippe l’anachorète qui est sans ressource et se nourrit uniquement de pain.

Qu’ont-ils en commun avec les prostituées qui font leur affaire avec le client, debout dans des endroits qu’elles appellent avec humour, la chambre N°1 et la chambre numéro 2, avec cet homme ancien militaire qui balaie le sentier où il va pratiquer ses exercices sportifs, Antonio qui élève des pigeons voyageurs, les pêcheurs à la ligne ou au filet qui passent la nuit au bord du Lac Daumesnil, les joggeurs, les cyclistes ou le voyeur à la recherche des ébats d’un couple. Ou le dragueur homosexuel qui regrette que les réseaux internet aient aujourd’hui réduit ses chances de trouver un partenaire au bois, le promeneur de chiens avec sa triple, sa quadruple laisse au bout de laquelle s’ébat un chenil ambulant…

Il y a les sédentaires du bois dont on dirait qu’ils ne le quittent jamais. Il y a les passants. Ceux qui y ont organisé leur salle de sports, il y a les cours de gym en plein air, les entraînements de rugby et puis il y a les fêtes.

Celle du nouvel an cambodgien où toute la communauté se réunit et où certains retrouvent avec l’illusion de la forêt, les endroits où ils se réfugiaient pour échapper au Khmers rouges. Celle de la communauté guinéenne qui transforme le bois en une vaste nuit africaine avec des danses, des grillades de poissons, des éclats de rire et une magnifique joie de vivre…

Il y a ceux qui y retrouvent là, tout simplement, des parfums d’enfance.

Pendant plus de deux heures et sans qu’on ressente le moindre signe de lassitude, Claire Simon nous ballade à travers les futaies dans les feuillages des sous-bois, au gré des sentiers, dans les prairies, de jour, de nuit, à la nuit tombante et nous fait découvrir une foule de personnages qui se livrent à des confidences sans retenue comme si le bois faisait tomber les barrières de la pudeur, de la retenue, de la mesure….

Un film libre, tour à tour drôle et pathétique sur un périmètre de liberté…

Francis Dubois

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