Actualité théâtrale

Au Tarmac de La Villette, jusqu’au 6 juin

"Le boxeur" Texte, mise en scène et interprétation, Patrick Saucier

Une silhouette massive se profile dans la demi pénombre de la scène. Elle avance et lorsqu’il apparaît dans la lumière, le personnage du boxeur nous est déjà presque totalement livré. La carrure, le volume du corps vont, pendant une heure et demi, se fragiliser, se craqueler, s’affaisser et le boxeur tenter, face à la rigueur des règles établies, des codes, des passages obligés, des intransigeances d’une société sans nuances, nous livrer la version la plus sincère d’une existence chaotique.
Cet homme se retrouve en prison pour avoir violemment frappé une femme qui, sans raison apparente, lui avait témoigné du mépris.
Le motif de cet acte de violence paraît insuffisant. Il s’explique mieux quand on découvre qu’il n’est que la partie apparente d’une longue et profonde souffrance. Que ces quelques secondes de mépris exprimé sont allées rejoindre l’histoire et la vie de cet homme qui pour la seule raison qu’il était grand et gros a passé son existence dans des limites étroites du schéma imposé. S’il voulait être architecte, il deviendrait, mensurations oblige, un boxeur. Sa volonté et ses dispositions sont à peu près toutes passées à la trappe… SNES_Boxeur
Et cet homme va être, sa vie durant, condamné à donner des coups mais des coups qui ne le vengeront jamais de toutes les brimades qu’il a subies depuis la cour de la maternelle jusqu’à l’âge d’homme, de toutes les mises à l’écart, les moqueries, les ricanements des filles…
Et le personnage que l’on avait saisi au premier coup d’œil va, au fil de ses révélations, se doubler d’autres silhouettes qui prendront tout à coup un contour, une réalité palpable : sa mère venue lui rendre visite et qui retarde son retour pour se donner une autre chance de comprendre, le compagnon de cellule, truculent et tendre et tout les autres qui sont dans le souvenir ou dans la réalité présente.
Le texte que dit Patrick Saucier est tout à la fois multiple et libre, et resserré autour du personnage. Il est humour, il est drame. Il est touchant, il est brutal. Il nous parle à l’oreille de ces blessures lointaines qui n’ont jamais vraiment cicatrisé…
Francis Dubois

Le Tarmac de La Villette. 211 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 40 03 93 95 ou www.letarmac.fr

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