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Un film de Bertrand Blier (France)

"Le bruit des glaçons" Sortie en salles le 25 août 2010

On aurait aimé applaudir sans réserves le dernier film de Bertrand Blier tourné après cinq années de silence. Le grand metteur en scène des "Valseuses", de "Buffet froid", de "Tenue de soirée" ou de "Trop belle pour moi", allait-il trouver la veine du récit déjanté, insolent et amoral, des répliques savoureuses qui firent tellement mouche à chacune de ces fois-là.

© Photo Thierry Valletoux

Un homme, écrivain, qui depuis le Goncourt n’a plus écrit une ligne, passe ses journées à boire, une bouteille dans un seau à glaçons toujours à portée de main. Alors qu’il vit retiré dans une maison perdue au milieu de la campagne cévenole en compagnie de sa jeune maîtresse et de sa gouvernante dévouée, il reçoit un jour une bien curieuse visite. Celui qui sonne au portail se présente en effet et sans détour comme le cancer de l’écrivain et, avec un humour grinçant, annonce que dans le combat, il aura, à force de doses de métastases successives, le dernier mot.
Peu temps après, un femme en chapeau noir au look de grenouille de bénitier pénètre à son tour dans la propriété. Elle s’annonce elle, comme le cancer de la gouvernante.
Imaginait-on avant "Le bruit des glaçons" qu’il existait un cancer pour les nantis et un cancer pour les "bonniches" ? C’est en tous cas ce que nous apprend Bertrand Blier qui après avoir planté son sujet, très vite, ne sait plus trop qu’en faire et comment boucler une heure et demi de cinéma.
Bertrand Blier s’est assuré dans son entreprise, la collaboration de deux valeurs sûres du cinéma qui ont derrière eux, quelques grands succès populaires : Jean Dujardin et Albert Dupontel. Mais, en dépit de leur notoriété, ils ne savent ni l’un ni l’autre retrouver le phrasé qui convient au ping-pong verbal des répliques, celui presque chantonnant qui avaient su, sans doute grâce à une grande spontanéité de jeu, accompagner les tandems passés à la postérité que formaient Depardieu et Dewaere, Depardieu et Blanc, Michel Serrault et Bernard Blier. Phrasé unique ou autre chose qui l’aurait remplacé mais dans la bouche de l’un comme de l’autre, les répliques sonnent creux et ne sont plus que des mots d’auteur cousus de fil blanc. Reste, et il faut aller voir le film ne serait-ce que pour applaudir à sa performance d’actrice, Anne Alvaro, merveilleuse gouvernante amoureuse qui va chercher dans tous les recoins de son personnage ce qui émeut, ce qui sonne juste, ce qui fragilise, ce qui renforce et donne du corps à un récit qui en manque au point de devoir, pour trouver une chute, recourir à une histoire de sculpture de valeur, de faux tueurs avec un dénouement heureux où l’amour serait, agrémenté d’un peu de ruse, le remède aux cancers les plus déterminés, qu’ils soient celui d’un Goncourt ou d’une bonniche.
Le cancer qui prend figure humaine mais n’apparaît qu’à ceux qui portent un amour sincère aux malades, n’était peut-être tout simplement qu’une fausse bonne idée.
Il reste ça et là quelques moments réussis, le décor, la belle maison, les Cévennes et Anne Alvaro qui justifierait tant sa performance d’actrice est magnifique, l’existence de récompenses au cinéma, tout comme Michael Lonsdale dans le film de Xavier Beauvois, mais là, le film est réussi.
Francis Dubois

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