US Retraités - Avril 2018

La Suède sur pilotage automatique

Le bureau des légendes face à la réalité

Depuis plus de 10 ans nos technocrates ont fait du système de retraites suédois un mythe fondateur de leur esprit de "réforme". Leur récit légendaire attribue à ce système dit en "comptes notionnels" une série de vertus qu’il convient de confronter à la réalité.

Jusqu’en 1998, le système de retraite en Suède était par répartition, basé sur le salaire moyen des quinze meilleures années et une activité professionnelle d’au moins trente ans pour percevoir une retraite à taux plein.

Une réforme des retraites a été lancée par le gouvernement suédois en 1991, très débattue. Un premier vote a eu lieu au Parlement en 1994 puis un second en 1998. En 2001 le Parlement a adopté la mise en place d’un mécanisme dit « d’équilibre automatique »

Ce serait un "système unique". Rien de plus faux.

Les pensions publiques sont déjà au nombre de trois.

Une protection de base pour les faibles revenus, appelée "pension de garantie", est versée à toute personne de plus de 65 ans résidant en Suède depuis 40 ans, avec réduction d’1/40 par année manquante. La "pension de revenu", financée par une cotisation salariale de 16 % (sur un salaire plafonné) et par une cotisation employeur, est calculée selon le principe des "comptes notionnels". S’y ajoute une pension par capitalisation obligatoire financée par une cotisation salariale de 2,5 %.

Les pensions professionnelles résultent d’une relation de travail dans le cadre de conventions collectives entre employeurs et syndicats. La plupart des salariés en bénéficient sauf quand ils sont exclus d’une convention collective, mais les pensions sont inégales selon les branches ou les entreprises. Ce système est conçu pour avantager les revenus les plus élevés.
Enfin, il y a une épargne-retraite volontaire contractée auprès de banques ou d’assurances. Elle est aussi très inégalitaire.

Quelques chiffres :

10 Millions d’habitants
17 % ont plus de 65 ans
5 % ont plus de 80 ans

Espérance de vie :
82,7 ans pour les femmes
78,4 ans pour les hommes

71 % des travailleurs suédois sont syndiqués (86 % en 1995)

Un système simple qui permet de prévoir sa pension future ?

Même les syndicats suédois, qui pourtant sur leurs sites essayent de faire oeuvre de pédagogie en présentant la diversité des pensions auxquelles les salariés ont droit, ne s’aventurent pas à expliquer la complexité du système des "comptes notionnels" : tout juste parlent-ils d’un capital virtuel que chaque salarié se constitue avec ses cotisations annuelles et surtout qu’il revient à chaque salarié de choisir, à partir de 61 ans, son âge de départ en retraite sachant que le niveau de sa pension dépend de l’espérance de vie de sa génération. Plus tôt il part, plus sa pension sera faible.
Si on ajoute que le rendement de la retraite par capitalisation est aléatoire et que la plupart des pensions professionnelles pour les personnes nées après 1972 sont à cotisations définies (on sait ce qu’on cotise, mais sans garantie d’un taux de remplacement), la lisibilité vantée par nos technocrates est bien fumeuse.

Finies les "réformes" et les manifs : un "pilotage automatique" qui équilibre les finances des régimes de retraite ?

C’est ce qui a fasciné nos technocrates, mais si le fantasme est fort, l’argument est faible.
Le pilotage automatique a du être débranché en 2010, 2011 et 2014 car les pensions auraient dû baisser respectivement de 3 %, 4,3 % et 2,7 % du fait qu’avec la crise les indicateurs économiques étaient plus mauvais que ceux prévus par la mécanique des "comptes notionnels".
En particulier, et ceci nous intéresse de près en tant que retraités, les pensions déjà liquidées sont indexées sur une valeur égale à la croissance des salaires - 1,6 %. Dès que les salaires stagnent, les pensions baissent.
Enfin accroc majeur à la promesse du pilotage automatique "pour l’éternité" : un projet de loi actuellement en débat propose de reporter l’âge minimum de la retraite de 61 à 64 ans, alors que l’idée que chacun choisit son âge de départ devait suffire à équilibrer les finances des régimes de retraite !
Alors qu’ils pouvaient encore compter en moyenne en 2000 sur une pension publique d’environ 60 % de leur salaire de fin de carrière, les Suédois doivent aujourd’hui se satisfaire d’un montant équivalent à environ 53 % de ce revenu, beaucoup moins pour les précaires.
Rien d’étonnant à tout cela : la principale décision de la réforme suédoise de 1994 a été de bloquer "pour l’éternité" les cotisations finançant les retraites à leur niveau de l’époque. Comme la population vieillit, cela veut dire moins de pension pour chaque retraité.

Daniel Rallet

Et demain ?
Les Suédois ne pourront toucher leur retraite versée par l’Etat qu’à partir de 64 ans en 2026, contre 61 actuellement. Ils auront le droit de travailler jusqu’à 69 ans, contre 67 aujourd’hui. Ils pourront même aller au-delà de cette limite s’ils trouvent un accord avec leur employeur…

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