Actualité théâtrale

La Colline Théâtre national jusqu’au 16 février 2013

"Le cabaret discrépant" d’après Isidore Isou Mise en scène Olivia Grandville

Isidore Isou est le créateur du "lettrisme" qui consiste à inventer des dispositifs créatifs sans jamais les exploiter. Il ne s’agit pas de "détruire des mots pour d’autres mots", "de forger des notions pour préciser leurs nuances"," de mélanger des termes pour leur donner plus de signification". Il s’agit de "rendre compréhensible et palpable l’incompréhensible et le vague, concrétiser le silence, écrire les riens". Telles en sont quelques-unes des règles. Le lettrisme qui fut qualifié d’ultime avant- garde n’est pas une école de la poésie mais une attitude solitaire.

Olivia Grandville a décidé de mettre sur scène toutes sortes de textes écrits dans le cadre et l’inspiration de ce mouvement. Une première partie de son spectacle est une promenade déambulatoire au dernier étage du théâtre, dans les abords de la petite salle. Sur cinq mini-scènes occupées chacune par un de ses comédiens, ceux-ci disent des textes de Isidore Isou sur des sujets variés, qui ne sont quelque fois qu’onomatopées, font des démonstrations loufoques mais très sérieusement, sur tableaux blancs. Les déambulations de trop de spectateurs à la fois, dans ces étroits espaces, gênent l’écoute et ces moments éclatés souffrent de ne pas être assez bien entendus. Pourtant il se dégage de ces différents exercices (dont un strip-tease à l’envers) une atmosphère presque festive.

La deuxième moitié du spectacle se déroule dans la salle et là, on assiste à des moments de grande drôlerie qui nous font regretter de ne pas avoir assez tendu l’oreille à tous les textes qui se disaient à l’extérieur. Un danseur fait un solo avec des airs de potache farceur. Chacune des partitions portant essentiellement sur l’art de la danse est réjouissante, de finesse, de fantaisie, d’excentricités de toutes sortes.

C’est élégant, raffiné, farceur, rythmé. On sollicite le spectateur. On triche avec les questions des intervenants. On provoque. On ne se prend pas au sérieux et c’est sans doute la meilleure façon de prendre au sérieux l’œuvre et la personnalité excentrique d’Isidore Isou. Un spectacle complètement neuf dont on ressort content.

La Colline Théâtre national
15 rue Malte Brun 75 980 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 44 62 52 52
www.colline.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Eau chaude à tous les étages »
    1955. Quatre jeunes employées de l’Hôtel Moderne s’affairent - gentiment car le patron est absent - à tout mettre en ordre, car le lendemain va commencer l’affluence avec la semaine des Arts ménagers.... Lire la suite (21 mai)
  • « La rose et la hache »
    La mise en scène par Georges Lavaudant en 1979 de cette adaptation, écrite par Carmelo Bene du Richard III de Shakespeare, fut tout de suite très remarquée. Ovationnée ensuite au Festival d’Avignon en... Lire la suite (20 mai)
  • « Folie »
    Dans cette douce et impertinente dinguerie, on croise une fille qui parle avec amour à un artichaut et, la vie étant incompréhensible, lui annonce qu’elle va le manger, une autre qui n’est pas... Lire la suite (19 mai)
  • « Un ennemi du peuple »
    Tomas Stockmann a créé avec son frère un établissement de cure qui rend la ville, dont ce dernier est le préfet, prospère. Tomas est le médecin de l’établissement, mais il vient de se rendre compte que... Lire la suite (16 mai)
  • « Tchekhov à la folie »
    En 1887 la première pièce de Tchekhov, Ivanov est un échec. Il compose alors une courte comédie, qu’il appelle lui-même « une plaisanterie », L’ours . Le gros succès de cette pièce servira de tremplin... Lire la suite (15 mai)