Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

un film de Hana Makhmalbaf

"Le cahier" sortie en salles le 20 février

Autour des trous béants qu’ont laissés, après leur destruction par les Talibans, les statues géantes des Bouddhas, vivent dans des grottes sommaires, des centaines de familles. C’est là que Baktay, petite fille de six ans, entend à longueur de temps son jeune voisin dire l’alphabet. Du coup, elle décide d’aller elle aussi à l’école pour appendre à lire et à écrire. Mais pour cela, il lui faut un stylo et un cahier. Tous les obstacles qu’elle rencontre pour se procurer ces deux éléments du savoir ne viendront pas à bout de sa détermination…
L’Afghanistan est un pays exsangue qui a connu, au cours des 25 dernières années le pouvoir des communistes russes, d’Al Qaeda, des Talibans, des occidentaux, chacun ayant eu comme priorité de chasser le précédent dans le but de "libérer" le pays. La ruine du pays, la destruction, la misère sont le résultat de ces différentes tentatives. Cet aspect de l’état du pays est bien sûr visible dans le film à travers les conditions de vie de ces familles réduites à vivre dans des conditions d’extrême pauvreté.
Mais ce qui inquiète surtout, et c’est ce qui constitue le sujet de ce film qui a obtenu le Grand prix au Festival de San Sébastien, ce sont les jeux guerriers auxquels se livrent au quotidien les enfants d’Afghanistan. Jeux qui consistent à mimer les armes des adultes, les contrôles, les embuscades, les tortures ou la lapidation des filles non voilées. Le film pose la question de savoir ce que deviendront ces enfants qui ont fait de la guerre le sujet essentiel de leurs jeux lorsqu’ils deviendront des adultes.

Tous ces jeunes garçons n’ont retenu de ce qu’ils ont connu de la guerre que les déterminations aveugles, la violence, les injures et la certitude qu’ils sont investis comme leurs aînés, d’une mission salvatrice. L’imitation est saisissante et la marge est étroite entre la guerre et sa version ludique. Face à eux, la petite fille dont le désir d’apprendre à tout prix en fait, avec la naïveté de ses six ans doublée d’une étonnante maturité, une militante avant l’âge. Le moment où, ayant réussi à entrer dans l’école des filles, elle tente de trouver une place où s’asseoir est un moment de profonde émotion. Réalisé par une jeune femme de vingt ans dans la tradition des films iraniens des années 90 dont le sujet minimaliste était construit autour d’un objet, Le cahier met un éclairage brut et efficace sur l’état actuel de l’Afghanistan. Francis Dubois

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