Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 octobre au Théâtre de la Colline, partenaire Réduc’Snes

« Le capital et son singe » Sylvain Creuzevault

Sylvain Creuzevault nous avait habitués, lors de ses précédentes créations, à ce dispositif bifrontal où les spectateurs sont disposés sur des gradins de part et d’autre de la longue table où se joue l’essentiel de la pièce. Dans Notre terreur , c’étaient les membres du Comité de Salut Public, de tous jeunes gens pleins de fougue qui s’affrontaient. On attendait avec impatience ce que cette troupe allait faire du Capital de Marx.

Le démarrage semble du registre de la farce, un acteur incarnant simultanément Freud, Foucault et Brecht, discourant sur la dramaturgie, en y mêlant suffisamment d’allemand pour qu’on s’y perde. L’arrivée de la troupe signe l’entrée de Blanqui, Louis Blanc, Raspail, l’ouvrier Albert et d’autres réunis dans le Club des Amis du peuple en mai 1848. On suit donc l’histoire de la révolution de 1848 entre février et juin, avec les débats entre modérés et jusqu’au-boutistes. S’y mêlent quelques morceaux du Capital, qui n’est pas encore écrit à ce moment, mais Marx a écrit sur la révolution de 1848, donc pourquoi pas ! Puis brusquement, sans crier gare, on se retrouve dans l’Allemagne de 1919 avec la révolution spartakiste. Puis on revient au procès de 1849 contre les acteurs de la Révolution de 1848 avant de terminer sur le triomphe de la marchandise avec l’Iphone ! Et là le spectateur se sent un peu perdu ! Il y a certes des phrases qui font sourire car elles trouvent un écho aujourd’hui : - On est trois socialistes dans cette Assemblée. – Non vous êtes 80. - Mais les autres ne sont pas des vrais ! Mais le spectateur n’arrive plus à comprendre où le metteur en scène veut en venir et ce n’est pas la plaquette distribuée à l’entrée qui l’éclaire !

Heureusement il reste quelques belles idées de théâtre, la grande tête rouge de Marx qui passe, la démonstration très visuelle du chemin que devra emprunter la manifestation interdite, la tête que fait le modéré Firmin quand on lui explique que la bourgeoisie capitaliste lui extorque du travail gratuit et la présentation de la différence entre valeur d’usage et valeur d’échange rapide comme un échange de balles au tennis. Le procès de Bourges est un vrai moment de théâtre où Blanqui, Louis Blanc et Raspail démontent la position du procureur. Les acteurs ont gardé l’énergie et l’élan qui emportaient le spectateur dans Notre terreur , mais cette fois faute d’une construction plus rigoureuse, on en reste à une suite d’impressions et cela tourne un peu à vide.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h

Théâtre National de la Colline

15 rue Malte-Brun, 75020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

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