Actualité théâtrale

Jusqu’au 3 mai au Grand Parquet

« Le cercle des utopistes anonymes »

Il faut réinventer tout, le monde et même l’amour. Et si on se laissait emporter par les utopies ? C’est ce que se proposent trois personnages, deux hommes et une femme plus jeune, embarqués sur les ailes de l’imagination, entre rêves, poésie, citations et chansons.

Eugène Durif, auteur dramatique, mais aussi poète et militant a écrit ce texte et joue l’un des trois personnages, qui se nomme Eugène, comme lui. Il apparaît en homme raisonnable, un peu lunaire et doux, prêt à rompre avec les petitesses du quotidien et à se lancer vers un monde meilleur, ouvert aux idées neuves, pourvu qu’elles soient respectueuses de l’homme. Á ses côtés, il y a Pierre (Pierre-Jules Billon). Il a le ton de celui à qui on ne la fait pas, qui a beaucoup cru, mais a subi trop de désillusions pour se lancer dans l’aventure de l’utopie. Et puis il y a Stéphanie (Stéphanie Marc), une jeune femme très enthousiaste qui enfile une robe de lamé pour s’embarquer dans l’aventure, en dépit des réticences de Pierre campé sur ses certitudes.

Théâtre : le cercle des utopistes anonymes

Tous trois nous entraînent dans ce voyage dans l’utopie, ponctué de moult citations puisque « quand les cultureux n’ont rien à dire, ils vous balancent une citation dans les gencives ». C’est souvent assez délirant, comme le texte de Fourier qui imagine une solution pour éviter aux jeunes filles laides l’humiliation de faire banquette lors des bals dans les phalanstères, parfois brillant, comme la litanie de verbes que Proudhon associe au terme « être gouverné ». On passe des socialistes utopistes à l’an 01 de Gébé et aux situationnistes. C’est parfois un peu décousu, mais il y a tant de pépites dans le texte, à l’image des slogans écrits sur les murs en 1968, qu’on l’oublie vite.

La mise en scène de Jean-Louis Hourdin joue sur l’opposition du caractère des deux hommes et sur l’évolution du personnage de Stéphanie, une nunuche qui s’épanouit au contact des textes. Il ne recule pas devant les situations burlesques et manie la dérision sans jamais tomber dans la méchanceté. Il faut voir les trois acteurs juchés sur des caisses en train de chanter et danser une biguine rythmée par les maracas que Stéphanie a extraites de son sac en plastique.

Même si elle ne nous épargne pas le constat des désillusions, la pièce n’est ni triste ni désespérée. On rit ou on sourit souvent. Eugène dit qu’il « voudrait croire encore un tout petit peu à ce à quoi il a beaucoup cru » et Stéphanie lui répond qu’ « un petit peu, ça n’a plus de sens ». Pourtant ils sont prêts à repartir en quête d’un monde meilleur et plus fraternel, et nous avec eux.

Micheline Rousselet

Du jeudi au samedi à 20h, le dimanche à 15h

Le Grand Parquet

35 rue d’Aubervilliers, 75018 Paris

Réservations : 01 40 05 01 50

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