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Un film de Kaouther Ben Hania (Tunisie)

"Le challat de Tunis" Sortie en salles le 1er avril 2015.

Tunis, encore sous le régime de Ben Ali.

En ville se propage la rumeur selon laquelle un homme à moto et muni d’une lame (challat) balafrerait les fesses de femmes qui laissent voir les rondeurs de leurs formes sous une jupe ou un pantalon trop ajusté.

Réalité, mensonge, fait divers local, manipulation politique ? On en plaisante, on s’inquiète, on y croit ou pas.

La rumeur à l’époque est allée jusqu’à laisser imaginer que la police du régime était derrière cette histoire pour se positionner en faveur de la grande liberté des femmes tunisiennes.

Dix ans plus tard, après la révolution, les langues se délient et une jeune réalisatrice décide d’élucider le mystère du challat de Tunis.

Cinéma : le challat de Tunis

Elle organise un casting et c’est au cours d’une audition dans ce sens avec des jeunes hommes, qu’elle rencontre Jallel qui, à l’époque, a été pris comme bouc émissaire, accusé et incarcéré en 2003 pour que le dossier de jugement soit bouclé et pour mettre fin à la rumeur..

Il a été déclaré innocent une fois l’affaire tombée dans l’oubli.

Jallal est un parfait challat. Il veut bien endosser, ne serait-ce que pour être choisi par la réalisatrice, la responsabilité des coups de rasoir. Et sa mère, qui le défend bec et ongles, accepte sans la moindre hésitation d’être la mère du fautif.

Il s’en suit un drôle de film jouant à la fois sur la réalité et sur les faits inventés, sur le fantasme et sur les différentes facettes de la condition féminine dans le pays.

Qu’importe ses tâtonnements et la légère confusion du récit qui en résulte si, avec son " Challat de Tunis", la jeune réalisatrice Kaouther Ben Hania nous offre l’occasion d’une peinture savoureuse de la société tunisienne loin de tout regard exotique, si sous prétexte de faire une comédie, elle révèle les dessous du pouvoir et réalise un film d’observation éminemment politique.

Khaouter Ben Hania jongle avec l’absurde, l’humour et le cynisme, le folklore kitch de la dictature, ses slogans entretenant le peuple tunisien dans un léger décalage.

Entre les personnages inventés de toutes pièces et les personnages réels comme les victimes du challat, Jallel fait figure de personnage hybride. Il a été nourri de sa propre histoire mais il est également un témoin.

La façon dont la rumeur et sa propagation sont traitées dans le film est également savoureuse quand on découvre entre autres, qu’une femme qui rêvait d’un tatouage, s’est blessée elle-même afin que, pour dissimuler une cicatrice disgracieuse, son mari lui donne la somme nécessaire à un tatouage réparateur.

La force du film de Khaouter Ben Hania est de savoir rester une comédie quand elle est aussi un vrai documentaire sur la société tunisienne.

Francis Dubois

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