Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 février au Studio de la Comédie Française

Le chant du cygne et L’ours

Il faut saluer l’initiative d’Éric Ruf qui a invité la jeune metteure en scène Maëlle Poésy à présenter ces deux courtes pièces de Tchekhov en dirigeant des acteurs confirmés et bien plus âgés qu’elle.

Le chant du cygne est la rencontre, dans une salle de théâtre déserte la nuit, d’un vieil acteur et du souffleur. Le premier sous l’effet de la vodka s’est endormi dans sa loge après la représentation, le second habite en secret le théâtre faute d’autre abri. Dans la nuit propice aux confidences le vieil acteur évoque sans complaisance sa carrière faisant revivre avec génie ses grands rôles mais aussi ses regrets des rôles qu’on ne lui a pas confiés.

L’ours est une comédie qui fait se rencontrer une jeune veuve décidée à s’enfermer dans le deuil d’un mari très aimé, quoique bien volage, et d’un propriétaire foncier, militaire plutôt rustre, venu réclamer le remboursement d’une dette contractée par le défunt et exigeant un paiement immédiat. Leur face à face de moins en moins policé révèle deux natures impétueuses et un personnage de femme assez différent de ce à quoi s’attendait le jeune homme.

Théâtre : l'ours

Maëlle Poésy a choisi d’associer ces deux courtes pièces car toutes deux parlent de renoncements, de regrets et d’espoir de retour à la vie. La première est chargée d’émotion mais aussi d’humour, la seconde cache beaucoup d’humanité sous ses ressorts de comédie.

Elle a eu l’idée d’un décor unique pour les deux pièces, une cuisine où se côtoient des meubles et une décoration assez hétéroclites. C’est le décor de la pièce qui se jouait au théâtre dans Le chant du cygne et le lieu du duel, pas seulement verbal, entre la jeune veuve et le militaire dans L’ours. C’est un lieu fermé propice aux rencontres, aux confidences comme aux joutes. Pour ces personnages, dont Maëlle Poésy dit qu’ils sont « comme suspendus dans un entre-temps, entre la nostalgie de ce qui n’est plus et l’espoir de ce qui n’est pas encore » elle a choisi un acteur qui fait un lien entre les deux textes. L’excellent Gilles David est le vieux comédien du chant du cygne et l’intendant de la jeune veuve, qui au début de L’ours, lui conseille de sortir du deuil et de vivre sa jeunesse. Christophe Montenez avec son petit bonnet et son duvet de SDF est le souffleur. Il ne souffle plus, il écoute avec attention l’acteur. Chez Tchekhov dans L’ours, c’est un vieux militaire qui est aux prises avec la jeune veuve. Maëlle Poésy a choisi deux acteurs jeunes, ce qui donne un ton nouveau à la joute entre les deux personnages quant au rôle des femmes et à leur image. Julie Sicard, en veuve éplorée qui se transforme en furie, et Benjamin Lavernhe, en butor brusquement séduit sont excellents.

Cette courte soirée (une heure), qui nous fait passer en quelques répliques de l’émotion au rire, est un pur régal de théâtre.

Micheline Rousselet

Du mercredi au dimanche à 18h30
Studio-théâtre de la Comédie-Française
99 rue de Rivoli, Galerie du Carrousel du Louvre, 75001 Paris
Réservations : 01 44 58 15 15 ou par internet www.comedie-francaise.fr
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Chagrin pour soi » une comédie de Sophie Forte et Virginie Lemoine.
    Au petit matin après une nuit d’insomnie, la vie de Pauline bascule. Son mari lui apprend qu’il aime une autre femme et qu’il la quitte. A peine a-t-il passé la porte qu’un coup de sonnette... Lire la suite (25 novembre)
  • « Les monstrueuses »
    Dans le cadre du Focus Femmes ! démarré en septembre, la Maison des Métallos propose une pièce écrite par une femme, qui la joue également, Leïla Anis. En sortant d’un laboratoire d’analyses... Lire la suite (24 novembre)
  • « Memories of Sarajevo »
    Julie Bertin et Jade Herbulot, deux jeunes metteuses en scène nées dans les années 80, ont démarré en 2013 un travail sur l’idée de l’Europe avec une pièce très remarquée Berliner Mauer : vestiges .... Lire la suite (23 novembre)
  • « Le paradoxe des jumeaux » de Jean-Louis Bauer et Elisabeth Bouchaud.
    Après la mort de Pierre Curie, Marie Curie va poursuivre seule et avec la même détermination ses recherches sur la radioactivité avant de faire des découvertes majeures sur le radium et le polonium.... Lire la suite (22 novembre)
  • « Price »
    Dans une petite ville américaine, où l’industrie décline tandis que la pollution et le chômage augmentent, Dany, qui vient de terminer le lycée, s’interroge sur son avenir, tout comme ses copains Larry... Lire la suite (22 novembre)