Actualité théâtrale

au Théâtre Berthelot à Montreuil jusqu’au 9 avril puis en tournée

« Le chercheur de traces »

Un homme revient vingt ans après sur des lieux où il a vécu d’indicibles crimes. Il est accompagné de sa femme et est accueilli par Hermann, un collègue. On a d’abord l’impression qu’il n’est là que pour une mission de travail, mais des sous-entendus et des non-dits créent une sensation de malaise vite oppressante. L’«  envoyé », comme on le nomme, se sent en charge d’un travail à accomplir, mais n’arrive pas à le saisir. Il veut revenir vers des lieux et des choses enfermées dans l’indicible et y trouver la preuve de ce qu’il a vécu et qui menace de le détruire. Mais il ne trouve rien, les choses et les lieux lui échappent. Mais alors conclut l’envoyé « si rien de ce qui était n’est plus, alors je ne suis pas réel, rien n’est réel, rien n’a jamais existé ». Il comprend alors « qu’il doit rendre les armes. Alors il s’assoit à la terrasse d’un café et fait œuvre d’imagination. Et il a une vision d’apocalypse ».

Bernard Bloch a adapté pour le théâtre le roman éponyme d’Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002. Né dans une famille juive de Budapest, Imre Kertész a été déporté à 14 ans à Auschwitz puis à Buchenwald. Son œuvre est marquée au fer rouge par cette expérience, mais il en parle sans pathos. Il ne décrit pas avec réalisme ce que fut l’holocauste. Il croit en la puissance de l’art pour l’intégrer à notre culture comme une expérience universelle. Pour rester fidèle à ce qui fait l’originalité d’Imre Kertész, Bernard Bloch a pensé qu’il fallait trouver une forme propre pour marquer le gouffre du temps qui engloutit les traces. Il a donc imaginé une double scène, l’une est le plateau où se déroule le présent de l’action, où évoluent l’envoyé, sa femme, son hôte Hermann et d’autres personnages incarnés par les mêmes acteurs. L’autre est un écran où sont projetées les images des lieux de l’indicible qui a eu lieu et dont la trace n’est plus que celle d’un « incident ». Dominique Aru a pour cela filmé au camp du Struthof des images actuelles. Qu’y voit-on ? De l’herbe et des fleurs des champs, quelques fils de fer barbelés, mais ils ont été ajoutés bien après, et un portail, qui est arrivé là pour les besoins d’un film et laissé en place car il correspondait bien à un portail de camp !
L’idée de ce ciné-théâtre sert véritablement l’imaginaire d’Imre Kertész, tout comme l’invention d’un troisième espace, celui où est installé « le narrateur » qui introduit une nouvelle distance.
On ne peut que souligner l’inventivité de la mise en scène qui, liée à la qualité des quatre acteurs, contribue à faire de cette soirée un moment de théâtre très fort.
Micheline Rousselet

Du lundi au samedi à 20h30, le mercredi à 14h30 et le samedi à 15h30
Théâtre Berthelot
6 rue Marcellin Berthelot, 93100 Montreuil
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 41 72 10 35 – resa.berthelot@montreuil.fr

"Le Chercheur de traces" sera en tournée en automne 2011 :
- au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène nationale, du 4 au 7 octobre
- à la Filature, scène nationale de Mulhouse, du 19 au 21 octobre
- à La Comédie de l’Est, Centre Dramatique Régional d’Alsace (Colmar), du 9 au 10 novembre…

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