Réforme Blanquer du lycée

Spécialités au lycée et CPGE

Le choix sous contrainte !

Le ministère a beau redoubler d’efforts pour promouvoir la "liberté de choix" comme argument de vente de la réforme du lycée, les faits sont têtus. Force est de constater que l’échafaudage de la future voie générale, articulant tronc commun et spécialités ne tient pas au regard des attendus de l’enseignement supérieur et des classes préparatoires aux grandes écoles en particulier.

Le ministère vient de publier deux infographies sur les pré-requis du lycée 2021 pour les classes préparatoires. C’est le résultat des travaux du Groupe de travail piloté par les deux ministères tutelles, Enseignement supérieur et Education nationale, réunissant des représentants des Grandes Écoles et des associations de spécialistes.
Ces préconisations sont cependant arrivées bien trop tard cette année pour permette une information juste auprès des élèves de Seconde. Condamnés à faire un choix de spécialités en aveugle, les élèves sont une fois encore victimes de la précipitation et des atermoiements d’un ministère enfermé dans le discours officiel de la liberté de choix.

Le désaveu
Initialement, le ministère pensait pouvoir présenter un projet qui adapterait les CPGE à la réforme du lycée. Pour exemple, afin de faire durer cette fiction du libre choix des parcours, le ministère proposait dans la filière scientifique une remise à niveau en mathématiques ou en physique-chimie en début de première année de classe préparatoire pour ceux qui n’auraient pas suivi la spécialité en Terminale. Il envisageait de financer cette remise à niveau en ponctionnant sur la dotation des heures de colles. Qui pouvait croire que les 6 heures hebdomadaires perdues sur toute l’année de Terminale pouvaient être rattrapées en quelques semaines ? Qui pouvait croire que des élèves n’ayant pas suivi la spécialité physique-chimie pouvaient suivre dans la nouvelle PCSI ?

En convergence avec les associations de spécialistes, le SNES-FSU avait rappelé qu’il devait y avoir une cohérence entre le parcours au lycée et la poursuite d’étude en CPGE, puis instamment demandé de tenir un discours clair aux familles concernant les spécialités à suivre en vue d’une orientation en classes préparatoires. En effet, ce n’est pas aux professeurs de lycée de porter la responsabilité du contenu de l’information aux familles. Le discours du ministère doit être explicite faute de quoi seuls les initiés sauront quelles spécialités choisir en fonction de quelle poursuite d’étude.

Les spécialités seront des "attendus"
L’infographie récemment publiée marque donc un dur retour à la réalité pour le ministère qui est obligé d’admettre que suivre en CPGE implique de faire le "bon" choix de parcours en fin de Seconde. L’annonce de la création d’une nouvelle voie Mathématique-Physique-informatique (MPI), voulue dans la continuité de la nouvelle spécialité de lycée, Numérique et sciences informatiques (NSI) témoigne en creux du renoncement ministériel.
De plus, les mathématiques, en spécialité ou en option en Terminale, demeurent « incontournables » pour toutes les CPGE scientifiques et les CPGE économiques et Lettres/Sciences sociales. A la lecture des programmes et quoi qu’en dise le ministre, il sera de surcroît quasiment impossible pour un·e élève de suivre l’option « maths complémentaires » s’il ou elle n’a pas pris la spécialité mathématiques en Première. En laissant se reconstituer des parcours clairement identifiés au lycée, le ministère reconnaît donc aujourd’hui la nécessité de la cohérence des enseignements et finalement les avantages des séries actuelles , séries qu’il tente pourtant de faire disparaître.

Le mensonge de la liberté de choix
La première sélection pour intégrer une CPGE se fera donc en fin de Seconde, dans le choix des spécialités pour la Première. On est bien loin des discours du ministre et de ses ami·e·s comme en témoigne cette vidéo "publicitaire" dans laquelle Pierre Mathiot affirme sans vergogne qu’un·e lycéen·ne devrait « résister aux tentations utilitaristes, consistant à choisir des spécialités dont on pense qu’elle vont permettre d’accéder à telle ou telle filière ». C’est exactement l’inverse qui se met en place pour les CPGE.

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