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Un film de Sylvain Estibal (France Allemagne Belgique)

"Le cochon de Gaza" Sortie en salles le 14 septembre 2011

Les pêches de Jafaar ne sont pas miraculeuses. Ses filets lui ramènent quelques poissons pour lesquels, au marché, il trouve difficilement acquéreur…
Un jour, alors qu’il croit avoir fait une grosse prise, il ramène à bord de son rafiot, un cochon sans doute tombé d’un cargo. Que faire de l’animal proscrit dont il espère pourtant tirer bénéfice ? Ses recherches acharnées le conduiront à se livrer à des commerces rocambolesques…

Dans le port de Montevideo transitent des cargos transportant des milliers de moutons destinés aux fêtes de l’Aïd. Sylvain Estibal qui vit dans la capitale uruguayenne s’est amusé à imaginer que le chargement des cargos pourrait être, non pas de moutons, mais de cochons.
Et lorsqu’il a appris que des juifs élevaient des cochons sur des estrades afin que les animaux n’aient aucun contact avec le sol d’Israël, l’idée d’écrire un scénario autour d’un cochon en Palestine lui est venue.
Sylvain Estibal a écrit sur le sujet, une tragi-comédie. Mais l’irrésistible drôlerie du film jouant à la fois sur la candeur et sur des roueries de Jafaar, ne perd jamais de vue le constat social, la description du petit peuple de Gaza coincé dans sa misère au quotidien, les contraintes des militaires israéliens et le diktat des barbus aux commandes.
Et derrière les facéties du personnage clownesque, est toujours présent celui, pathétique, du pauvre pêcheur dont le seul souci est de survivre, d’apporter le minimum vital à sa famille et qui, pour cela, est prêt à tout tenter.
Si le personnage de Jafaar fait penser à Charlie Chaplin ou à Buster Keaton, par sa gestuelle, sa façon d’être toujours sur le qui-vive, sa naïveté et son penchant pour les combines maladroites, la caricature, l’exagération ne concernent pas les autres protagonistes de l’histoire. Ici, l’islamiste n’est pas barbu et la femme de Jafaar est une femme belle et digne, pas du tout une pauvre ménagère cantonnée à ses fourneaux…
Le cadre du récit est réaliste et la beauté humaine préservée, apporte une part de rêve et de dignité, laissant le film aller vers une sorte de déséquilibre. Le spectateur ne trouve pas là où il l’ attend, le mécanisme habituel du cinéma de distraction et lorsqu’il mord à l’hameçon d’une situation cocasse, il est envoyé à la profondeur du sujet, même si la tonalité du récit dans les deux cas, reste la même.
Le film va parfois jusqu’à l’onirisme. Mais si l’on voit, à la fin du récit, les quatre personnages s’enfuir ensemble par la mer, le réalisateur n’a pas voulu faire avec cette fuite, la scène finale. Encore une fois, son souci était de garder le cap du réalisme. La solution politique à ces problèmes complexes n’est pas dans l’exil, mais dans la cohabitation sur la terre même du conflit.
Pour la fin, il a préféré la danse Hip-Hop de jeunes danseurs handicapés symbolisant sans doute l’énergie de deux peuples blessés qui se font face.
Francis Dubois

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