Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Laurent Tuel (France)

"Le combat ordinaire" Sortie en salles le 15 juillet 2015

Marco est un trentenaire plutôt solitaire, au tempérament bourru, souvent dépressif, et qui cache derrière des "attitudes" une grande sensibilité.
Il est photographe et vient de prendre la décision de cesser d’exercer sa profession jusqu’à ce que le désir de recommencer lui revienne.
Il se retire à la campagne et n’a aucun projet en tête quand, par hasard il rencontre Emily, une jeune vétérinaire qui exerce dans la ville proche.
Sa rencontre avec la jeune femme va l’amener à conduire, un peu hors de lui-même, le combat ordinaire qui lui permettra peut-être de retrouver goût à la vie.

Laurent Tuel renoue, en adaptant magnifiquement la bande dessinée éponyme de Manu Larcenet, avec un cinéma où il excelle, qui semble être la pente naturelle de sa création et dont les signes annonciateurs étaient lisibles dans le premier long métrage qu’il réalisa en 1995, "Le rocher d’Acapulco".
Après avoir fait un long détour jalonné de réalisations offertes à plus de concessions au cinéma commercial, et connu le succès public avec des films comme "Le premier cercle" en 2008 avec Jean Reno ou "Jean Philippe" en 2005 avec Fabrice Lucchini, il semble avec "Le combat ordinaire", rentrer au "bercail du cinéma d’auteur" et rejoindre le camp de ces cinéastes longtemps restés méconnus et qui se sont, au prix de leur persévérance, récemment révélés au public comme Stéphane Brizé ("Mademoiselle" "La loi du marché) ou Jean-Pierre Améris ("Les émotifs anonymes", "L’homme qui rit").

C’est en approchant un peu plus les personnes de son entourage et la nature environnante à laquelle il prend goût, à force de petites choses qui surviennent comme autant de signes annonciateurs, de faire face à la cruauté ordinaire de la vie et à ses moments de grâce qui ressemblent à des cadeaux, que Marco va, même s’il garde une dose de pessimisme et de méfiance, avancer presque malgré lui vers sa lente reconstruction et éloigner du lui ses vieux démons.

Le film de Laurent Tuel avance dans une grande douceur sans pour autant négliger l’arrière-plan social et politique qui sert de socle au récit.
La virtuosité de la construction permet à son film de faire cohabiter l’intime, un état des lieux social et économique et les séquelles de la guerre d’Algérie, sans qu’aucun des motifs ne prenne le pas sur l’autre, dans une fluidité narrative qui accorde à chacun des sujets abordés sa pleine efficacité.

Des dialogues ciselés, des atmosphères justes et naturelles confirment la minutie du travail de Laurent Tuel. Mais également, une distribution de toute beauté, depuis Nicolas Duvauchelle dans une personnage en contre-emploi jusqu’au magnifique André Wims dans le rôle d’ un ancien tortionnaire reconverti dans la pêche à la ligne en passant par la prestation de haute volée d’une Liliane Rovère à mi-chemin entre la femme forte et la mère craintive..

Mais où "Le combat ordinaire", qui est un film magnifique, va-t-il trouver un public avec une sortie en ce début d’été ?
Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Bagdad Station »
    . Bagdad 2006, le jour de l’exécution de Saddam Hussein. Sara pénètre dans la gare centrale de Bagdad déterminée à commettre un attentat suicide au milieu de la foule. Mais c’est sans compter avec sa... Lire la suite (19 février)
  • « La chute de l’empire américain »
    Malgré un doctorat en philosophie, Pierre-Paul Daoust est chauffeur pour une société de livraison. Un jour, il assiste à un hold-up au cours duquel deux des trois malfaiteurs sont abattus,... Lire la suite (18 février)
  • « Les moissonneurs »
    En Afrique du Sud, Free State est le bastion d’une communauté blanche isolée, les Africaners. Au milieu d’une famille de riches éleveurs, catholiques fervents, profondément conservateurs où la force... Lire la suite (17 février)
  • « La liberté »
    Dans la plaine orientale corse, Casabianda est un centre de détention au sein d’un vaste domaine agricole. C’est une prison à ciel ouvert qui n’a rien à voir pour l’essentiel des conditions de vie... Lire la suite (17 février)
  • « Peu m’importe si l’histoire nous considère comme des barbares »
    En 1941, l’armée roumaine massacre 20 000 juifs à Odessa. De nos jours, une jeune réalisatrice s’attache au projet de monter un spectacle de cet épisode douloureux, par une reconstitution militaire,... Lire la suite (16 février)