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Un film de Raphaël Nadjari (France-Israël)

"Le cours étrange des choses" Sortie en salles le 4 décembre 2013.

Saul est un quarantenaire rêveur et mélancolique. Depuis son divorce, il n’a pas retrouvé ses marques. Lorsque le mal-être le submerge, il a un remède : courir.

Un beau jour, sur un coup de tête, il décide de rendre visite à son père qu’il n’a pas revu depuis cinq ans et qu’il tient pour responsable de ses difficultés d’adulte.

A Haïfa, en quelques jours, de chutes en déconvenues, entre drame et burlesque, il va faire la découverte d’un père métamorphosé, d’un monde réinventé et, peut-être verra-t-il se préciser l’espoir pour lui d’une vie nouvelle.

Saul est un impulsif. Ses réactions sont imprévisibles et les ruptures de comportement du personnage donnent son rythme au film qui alterne les scènes en "creux", contemplatives, en apparence peu propices à faire avancer le récit et des moments de narration plus saillants où les personnages s’engagent plus frontalement.

La tonalité générale du film va de l’émotion jusqu’au burlesque et ce sont ces variations qui font le charme et l’efficacité de la réalisation.

Saul est le personnage pivot du film et tout prête à croire que c’est sur lui que se focalisera le récit. Or, le personnage du père qui, au départ semblait secondaire, prend progressivement une place plus importante en révélant une nature originale, joviale et positive. Il en est de même pour sa compagne, personnage d’abord en marge de l’histoire et qui, petit à petit, s’y intègre avec une prudence de "pièce rapportée".

Aujourd’hui, on demande à un film des qualités attractives, qu’il soit puissant ou divertissant et le cinéma intimiste n’a pas le vent en poupe.

"Le cours étrange des choses" , sans jamais abonder ni dans le sens du film puissant, ni dans celui du divertissement, parvient à mettre sans cesse le spectateur en situation de curiosité, par sa singularité, une option narrative reposant sur son déroulement imprévisible et des personnages dont le comportement l’est tout autant.

Ori Pfeffer compose un Saul passionnant jusque dans son mutisme. Sa fragilité tient à ses questionnements, aux regards juvéniles qu’il porte sur son entourage, à son insatisfaction face aux réponses qu’il peut glaner et qui ne font écho ni à son immaturité, ni à ses velléités d’adulte responsable, de père et de fils.

"Le cours étrange des choses" s’achève par un épisode burlesque et cette œuvre d’art qui ne tient pas sur son socle renvoie à la vacuité d’un monde de faux-semblants à propos duquel, de tous, seul Saul a peut-être réellement pris conscience.

Et pour les réponses à ses questions, il est possible qu’il ne doive finalement compter que sur lui-même.

Francis Dubois

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