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Un film de Dominique Benicheti (France 1969-1973)

"Le cousin Jules" Sortie en salles le 15 avril 2015.

Jules est né en 1891. A vingt-deux ans il a épousé Félicie. Son père et son grand père étaient forgerons. C’est le métier qu’il a exercé à son tour et toute sa vie durant, dans un petit village bourguignon, près de Pierre de Bresse.

La forge a été son univers. Il y passait ses journées pendant que Félicie s’occupait du potager, des bêtes, de la maison et préparait le repas.

Le film de Dominique Benicheti nous les montre à la fin de leur vie. Jules exerce encore son métier. Félicie vaque à ses occupations. Ils sont tous deux économes en paroles, échangent à peine à propos du temps qu’il fait et du bon goût du café qu’ils ont l’habitude de boire ensemble à la forge.

Moment privilégié du vieux couple ? Force de l’habitude ?

Ont-ils été toujours aussi silencieux ou bien des années d’habitude ont-elles eu raison de leurs échanges. Une complicité souterraine les dispense-t-elle de bavardages superflus ?

Dominique Benicheti filme les allées et venues de Jules et de Félicie avec une fluidité et une tendresse qui les fait échapper à la simple répétition des gestes.

La plupart des activités quotidiennes de l’un et de l’autre sont filmées en temps réel et chaque amorce de déplacement déclenche une curiosité qui, dans la juxtaposition des moments, dans leur mise bout à bout, reviennent à une sorte de "chorégraphie de l’habitude".

Ni ennui, ni lassitude. La force qui anime les deux protagonistes et les propulse du moment du lever à celui du coucher dans ce rituel silencieux, est belle à voir.

La mise en scène privilégie le déroulement des journées par le menu, la répétition des gestes, l’élan dans ce qu’il a de routinier, d’habituel.

La forge, les braises ravivées par le ronflement du soufflet, la pièce de fer façonnée, l’utilisation précise des outils, renvoient à un passé pas si lointain et l’émotion qui se dégage de la concentration de l’artisan sur son travail, sur la méticulosité de ses gestes n’est pas sans provoquer une émotion avec un regard sur une époque révolue.

Aucun événement saillant ne vient ponctuer le film de Dominique Benicheti et on n’apprend la mort de Félicie qu’en voyant Jules s’acquitter désormais tout seul des taches qu’ils se partageaient. La préparation de la "panade", le transport des bûches pour alimenter la cuisinière, l’égrainage du maïs, l’achat du "nécessaire" auprès de l’épicier itinérant, le balayage des sols accompagnent jour après jour le vieil homme dans la lente approche de sa mort, le moment venu.

Cinéma : Le cousin Jules

" Le cousin Jules " est une ode à la beauté de la France rurale, le cadeau posthume [1] d’un metteur en scène exigeant qui avait choisi de tourner son film (pour une meilleure profondeur du champ) dans un format dont il savait qu’il le priverait de projection dans les salles "Art et Essai" auxquelles il était destiné.

Le film fut accueilli avec succès à Locarno où il obtint le Prix du Jury et avec un réel impact dans des universités américaines.

Aujourd’hui, dans sa version restaurée, il s’apprête à retrouver enfin, les projections en salles.

Un beau film sur le temps qui passe, sur le temps passé…

Francis Dubois

Notes

[1il est décédé en 2011 et n’aura jamais vu la version restaurée de son film

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