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Un film de Claude Lanzmann (France-Autriche)

"Le dernier des injustes" Sortie en salles le 13 novembre 2013.

En 1975, Claude Lanzmann a un entretien filmé d’une semaine, à Rome, avec Benjamin Murmelstein, le dernier Président du Conseil juif du Ghetto de Theresienstadt.

Ce ghetto, situé à soixante kilomètres au nord-ouest de Prague dans une ville forteresse du XVIIIème siècle, avait été choisi pour être ce que Eichmann appelait un "ghetto modèle", une sorte de vitrine au regard du monde. Il fut créé en 1941 et, bien sûr, fut un énorme mensonge.

Il y fut institué un Conseil des Anciens composé de douze membres et d’un doyen.

Il y eut, à Theresienstadt successivement trois doyens de Juifs.

Jacob Edelstein qui fut arrêté en novembre 1943, déporté à Auschwitz, puis assassiné ainsi que sa femme et son fils.

Paul Eppstein qui mourut d’une balle dans la tête en septembre 1944.

Benjamin Murmelstein, troisième et dernier doyen, fut nommé en décembre 1944.

Il fut le seul à rester en vie.

Faisant référence au titre du chef-d’œuvre d’André Schwarz-Bart, " Le dernier des Justes ", il se nomme lui-même " Le dernier des Injustes" , donnant ainsi son nom au film.

Claude Lanzmann possédait donc, depuis 1975, cet entretien filmé avec Murmelstein qu’il destinait à son film "Shoah " mais auquel il ne put l’intégrer.

Le fait d’avoir échappé à la mort laissa persister une ambiguïté sur la personne du dernier doyen, qui avait de surcroît été l’interlocuteur d’Adolf Eichmann. Même si après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, il lutta avec le nazi, semaine après semaine pendant sept années, et réussit à faire émigrer 121 000 juifs et à éviter la liquidation du ghetto.

Bien qu’il parvînt à éviter à sa population les marches de la mort ordonnées par Hitler, il concentra sur sa personne la haine des survivants.

Il finit par s’exiler à Rome et ne put se rendre en Israël, bien qu’il fût acquitté par un tribunal tchèque et malgré son désir de le faire et son sincère amour pour cette terre.

En 1961, il publia en italien, un ouvrage intitulé "Terezin, il ghetto modello di Eichmann". Le ton du livre et celui des entretiens de 1975 diffèrent sensiblement. La livre met en scène les victimes et leur souffrance avec une compassion fraternelle alors que, dans les entretiens, Murmelstein présente plutôt sa propre défense.

2012. Claude Lanzmann a 87 ans. Son film se constitue en trois parties. A travers trois époques, de Nisko à Theresienstadt et de Vienne à Rome, le film éclaire comme jamais auparavant, la genèse de la solution finale, démasque le vrai visage d’Eichmann et montre sans fard, les contradictions des Conseils juifs.

Alors que dans " Shoah" Claude Lanzmann s’attachait au destin des victimes, des bourreaux et des survivants, dans "Le dernier des Injustes", son objectif est plutôt la relativité des vérités historiques.

Les moments tournés en 2012 sur les lieux même du ghetto de Theresienstadt, les textes et témoignages lus par Claude Lanzmann en différents endroits des vestiges du bâtiment au souvenir douloureux provoquent souvent l’émotion.

Les récits d’Adolf Murmelstein laissent percer ici et là les élans suspects et son goût du pouvoir ou sa satisfaction sans nuance pour avoir réussi à éradiquer une épidémie de choléra qui, si elle avait persisté, aurait amené les nazis à brûler le camp…

L’ambiguïté demeure…

Un film nécessaire.

Francis Dubois

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