Actualité théâtrale

Jusqu’au 6 avril au Théâtre Nanterre-Amandiers, partenaire Réduc’Snes

« Le dernier jour du jeûne »

Nous sommes dans la maison de Théos illuminée de soleil. Les femmes s’y rencontrent et parlent. Il y a Sandra, l’avocate, célibataire convaincue, qui vit au milieu d’une pile de livres dont elle arrache des pages quand elle va aux toilettes, sa sœur Nouritsa, la mère, qui mène la maison mais sait aussi lire dans le marc de café et interpréter les rêves, ses deux filles, la belle Zéla qui attend l’homme dont elle a rêvé et Astrig, qui a une conception marxiste de l’émancipation féminine, veut étudier et travailler. Il y a enfin la voisine, qui transmet les rumeurs. Les hommes apparaissent ensuite et Simon Abkarian ne les flatte pas. Il y a Théos, le mari de Nouritsa, patriarche silencieux respecté par tous. Il a la vie caractéristique des hommes du Moyen-Orient, il boit son café, fume, fait des réussites. Elias, son jeune fils choyé par sa mère, Aris le jeune désoeuvré qui ne sait pas aligner trois phrases sans une grossièreté et Xénos l’étranger l’accompagnent. Tous sont des figures emblématiques du monde méditerranéen. Pour compléter le tableau il y a un boucher et sa fille et c’est par lui que le drame se noue.


Le dernier jour du jeûne est le second volet d’une saga que Simon Abkarian avait commencé avec Pénélope ô Pénélope . Les personnages sont les mêmes, pris au piège des traditions qui font des femmes les piliers de la famille, vouées aux tâches domestiques que les hommes ne veulent pas faire. Mais dans ces générations les femmes s’émancipent, veulent faire des études et travailler. Elles n’hésitent pas à parler de sexualité et à se moquer des hommes.

Le décor est constitué d’éléments sur roulettes qui deviennent cuisine, terrasse, magasin du boucher. Ce sont les hommes qui les manoeuvrent, tout comme le canapé à roulette qui emmène une femme endormie. La lumière est celle d’un pays du Sud (très beau travail sur les lumières de Jean-Michel Bauer). Mais Simon Abkarian n’a pas souhaité en rester là. On va passer de ce monde solaire où les femmes parlent et se disputent, où on mange et on boit, à l’univers sombre de la nuit, celui du meurtre, celui des hommes. Malheureusement passer du monde de Pagnol à la tragédie grecque n’est pas aisé. C’est dommage car on perd un peu le plaisir des dialogues vifs, drôles et la couleur des accents. Le passage d’une scène à l’autre s’accompagne de musique et de danse qui renvoient à la Grèce, celle du rebétiko, que Simon Abkarian avait très bien mise en scène dans Ménélas rebétiko rapsodie , qui est repris en tournée (voir critique sur le site).

Dans la distribution, un peu inégale, on remarque Simon Abkarian impérial en patriarche calme et posé et Chloe Réjon qui a la détermination d’Astrig. Judith Magre, cigarette à la main, excelle dans le personnage de la tante, intellectuelle et féministe, qui observe ce petit monde avec une ironie non dépourvue de tendresse. C’est elle qui porte haut le projet de Simon Abkarian, faire l’éloge des femmes qui tentent de décaper les traditions ouvrant la porte de la liberté aux femmes mais aussi aux hommes.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h, jeudi 19h30, dimanche à 15h30

Théâtre Nanterre-Amandiers

7 avenue Pablo-Picasso, 92022 Nanterre

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 14 70 00

www.nanterre-amandiers.com

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