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Un film de Mehdi Ben Attia (France- Belgique-Tunisie)

"Le fil" Sortie en salles le 12 mai 2010

Après la mort de son père, Malik revient en Tunisie dans la maison de famille. Il trouve calme et sérénité auprès d’un personnel dévoué et d’une mère chaleureuse quoique un peu envahissante. Le moment est venu pour lui, dont chacun attend qu’il prenne enfin femme et donne une descendance, d’annoncer son homosexualité. Mais le moment n’est jamais propice ou le courage lui manque pour jeter le pavé dans la mare.
Bilal est l’homme à tout faire de la maison. Il est jeune, séduisant et lorsque Malik découvre qu’il aime également les hommes, tous les obstacles s’effacent. Leur liaison fougueuse ne reste pas longtemps secrète et la mère finit par accepter cette relation qu’elle aurait souhaité tenir secrète, qui tourne vite au secret de polichinelle et à laquelle chacun donnera finalement sa bénédiction…
La qualité majeure du film de Mehdi Ben Attia est de traiter ce sujet de société universel qu’est l’homosexualité dans un pays arabe où il reste tabou et de présenter son récit comme une sorte de roman-photos dans un décor oriental et un contexte d’amour, de générosité et d’ouverture d’esprit poussés parfois jusqu’à l’angélisme. La forme narrative choisie par le metteur en scène ne gène aucunement la teneur du propos puisqu’elle en justifie les excès, les facilités, évite une vision trop victimiste de l’homosexualité et offre un décorum qui, parce qu’il est certainement proche de la réalité, ne tombe jamais ni dans l’effet ni dans la pacotille.
Ben Attia nous entraîne au sein de la bourgeoisie tunisienne francophone, dans un milieu aisé pour ne pas dire luxueux, au sein d’un microcosme confortable et oisif où règne Sara que l’âge a rattrapé mais qui reste belle et séduisante et qui a encore du panache. Un monde à la fois sincère et profondément généreux mais en constante représentation. Un monde phraseur tout à la fois léger, grave, sincère et artificiel.
L’épisode des deux amies lesbiennes déterminées à faire un enfant par insémination artificielle et dont Malik, ami de longue date de l’une d’elle, sera le père biologique est sans doute de trop. Il s’intègre à la tessiture générale du film, comme un élément scénaristique de plus, mais devient encombrant quand il se présente comme le pendant à l’autre couple homosexuel du film..
"Le fil" n’est pas sans qualités. Il se regarde avec plaisir. Il est surtout l’occasion de retrouver Claudia Cardinale qui compose une Sara plus vraie que nature, qui reprend à son compte les clichés inhérents à un personnage démonstratif dont l’ampleur et les débordements la gardent intacte, généreuse, chaleureuse et souveraine.
Francis Dubois

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