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Un film de Philippe Guillard (France)

« Le fils à Jo » Sortie en salles le 12 janvier 2011

Philippe Guillard n’a pas emprunté le chemin traditionnel du court ou du moyen métrage avant de se lancer dans la réalisation de son premier film. Il pourrait faire figure d’autodidacte s’il n’était passé par la télévision et s’il n’avait été le co-scénariste de la série des "Camping" de Fabien Onteniente. Ces éléments auraient pu le garder dans le sillon d’un cinéma commercial. Au lieu de cela, il a écrit un scénario d’une grande sensibilité qui tient en amitié trois hommes que les aléas de la vie et le rugby ont gardés proches.
Le film qu’il nous donne à voir est une sorte de conte régional moderne parsemé d’entraves et d’opportunités, à la fois innocent et malin, un moment de grâce à mettre au compte d’un cinéma à l’ancienne purement narratif mais toujours drôle et touchant sans qu’à aucun moment la drôlerie et l’émotion ne se heurtent.

Jo est le descendant d’une dynastie de rugbymen du Sud-Ouest et il aimerait bien que Tom, son adolescent de fils, prenne la relève. Or, celui-ci est plus porté sur l’étude des mathématiques que sur l’art du ballon ovale.
La femme de Jo Canavaro est morte dans un accident de voiture quand Tom avait un an et il a élevé seul son fils, soutenu par la générosité parfois encombrante de "Pompon", familier des matchs de rugby et spécialiste de la distribution des citrons à la mi-temps.
Jo a deux projets. Donner à son fils le goût du rugby et constituer une équipe qui pourrait redorer le blason du petit village du Tarn.
Les difficultés auraient pu rester insurmontables sans le retour au village de Robert Cahuzac dit "le Chinois" qui, après avoir roulé sa bosse à l’autre bout du monde, est revenu assagi mais non dépourvu d’ingéniosité.
« Le fils à Jo » est un film d’hommes et chacun des quatre personnages principaux est parfaitement tracé. Un homme blessé qui tente de se relever de plusieurs revers, Jo Canavaro. Pompon, le benêt au cœur tendre et le Chinois, séducteur et aventurier repenti. Si tous échappent et de loin à la caricature, la trouvaille est le choix du jeune interprète de Tom, et son personnage d’adolescent doux mais à la personnalité marquée n’est pas étranger au charme du film.
Le seul personnage féminin du film est celui d’une femme conquérante dont la féminité et la sensibilité sont enfouies sous une efficacité à toute épreuve et un farouche abattage.
Le scénario est porteur, les dialogues sont précis, quelquefois pas très loin du mot d’auteur mais jamais appuyés, efficaces et drôles et le récit sur tout son parcours bénéficie d’une souplesse, d’une fluidité qui mettent sur la touche les excès, parfois les détours et les arrangements.
Les comédiens sont parfaits, tous. On savait Lanvin capable du meilleur. Il le prouve ici. Mais les personnages de Pompon et Tom prouvent à quel point Philippe Guillard est un vrai directeur d’acteurs.

Francis Dubois

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