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Un film de Mathieu Zeitindjioglou (France)

"Le fils du marchand d’olives" Sortie en salles le 11 avril 2012

Le grand père de Mathieu Zeitindjioglou, grâce à la turquification de son vrai nom, à l’origine Zeitounjian (qui signifie fils du marchand d’olives), a échappé au génocide arménien perpétré par les turcs en 1915.

Ce n’est pas pour y pratiquer un tourisme traditionnel que Mathieu et son épouse d’origine polonaise Anna, ont choisi la Turquie pour leur voyage de noces.

Caméra au poing, ils vont parcourir le pays à la recherche de plus de vérité sur le drame arménien.

Ce road-trip sur les lieux sensibles, marqué par de nombreuses rencontres, visites de sites et de musées, avait pour objectif de préciser la vision que se font les turcs du génocide.

Mathieu Zeitindjioglou a hérité d’un lourd passé. Depuis le changement d’état civil, volontaire ou pas, de son grand père jusqu’à la disparition de celui-ci après une vie tumultueuse, en passant par sa participation à la seconde guerre mondiale, ses années passées dans un camp de travail allemand, il porte lui-même une cicatrice liée au génocide sans pour autant avoir reçu l’héritage culturel arménien.

Après avoir longtemps refoulé ses origines et la réalité du génocide resté tabou dans de nombreuses familles, le film qu’il réalise pendant son voyage de noces en Turquie avec l’étroite complicité de son épouse est une revanche, le moyen d’affirmer une identité construite autour d’un nom d’emprunt et d’exorciser la malédiction qui a frappé, à la force des événements, toute sa famille paternelle.

Ce voyage de noces singulier n’est pas sans risque, et rechercher dans l’est du pays les traces de son grand père revenait pour Mathieu et Anna, à bafouer l’article 301 qui interdit de critiquer Atatürk et la république, de parler du génocide et même de prononcer ce mot.

Les hommes et les femmes qu’interroge Anna pendant que Mathieu les filme, affirment à peu près tous que le génocide arménien est un mensonge, et que c’est l’inverse qui s’est produit, que les victimes ont été les Turcs face à des arméniens à la solde des Russes. Certains d’entre eux avouent même n’avoir aucune connaissance de cet épisode de l’histoire de leur pays.

Dans toutes les villes de l’est de l’Anatolie, dans les musées archéologiques, il n’existe aucune trace des arméniens qui pourtant y vivaient depuis 3 000 ans.

Toute trace effacée, il devient impossible d’entreprendre les recherches administratives à propos du changement de nom.

" Le fils du marchand d’olives" dénonce l’exemple unique d’un négationnisme institutionnalisé.

C’est un film initiatique, poétique et pédagogique. C’est surtout un film dérangeant qui a vocation de créer la polémique, une vraie démarche sur le devoir de mémoire.

On peut être surpris que le pré-générique soit une animation qui apparaît sous la forme d’un conte. Il s’agit d’une référence à la culture arménienne où le conte avait une importance culturelle et initiatique particulière.

C’est aussi le moyen d’ouvrir le film à tous, grands et petits, sur un sujet difficile à aborder.

Francis Dubois

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