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Un film de Wang Bing (Chine-France-Belgique)

"Le fossé" Sortie le 14 mars 2012

A la fin des années 50, le gouvernement chinois soumet à des travaux forcés des milliers d’hommes étiquetés politiquement à droite, à cause d’activités contestées dans leur passé ou de critiques exprimées envers le parti communiste.

Ils sont déportés au Nord-ouest du pays, dans le désert de Gobi, loin de leurs familles, dans le but d’être " rééduqués".

Leur condition de vie touche au dénuement le plus total, si bien qu’un grand nombre d’entre eux succombent. A l’extrême dureté du travail s’ajoutent la pénurie de nourriture et les mauvaises conditions climatiques.

Dans "Le fossé", Wang Bing suit quelques-uns de ces hommes dans le déroulement de leur quotidien au cours des trois derniers mois de l’existence du camp de Mingshui.

"Le fossé" aborde le passé politique de la Chine contemporaine en revenant, alors que le sujet est encore tabou, sur le sort des "droitiers" qui ont vécu l’enfer de ces camps de rééducation.

Pour écrire le scénario de cette fiction, Wang Bing s’est inspiré de trois récits d’un livre de nouvelles de Yang Xianhui "La femme de Shanghai", "L’évasion" et "L’infirmerie N°1" . Mais la matière apportée par ces trois récits s’avérant insuffisante pour la construction d’un film, il est retourné en Chine pour y interroger des survivants des camps de Jiabiangou et de Mingshui.

Les recherches et les rencontres avec les anciens prisonniers ont duré d’autant plus longtemps que certains d’entre eux refusaient de revenir sur cette période de leur vie.

Si certains témoignages ont été déterminants pour l’élaboration du scénario, des documents comme des photos détenues par un ancien gardien ou des lettres écrites par les prisonniers avant leur mort et conservées par leurs enfants, ont permis de densifier le propos du film, mais surtout de faire en sorte que tout ce qui y est relaté soit rigoureusement authentique, que rien n’ait été inventé ni rajouté.

"Le fossé" a été tourné sans autorisation entre Gansu et la Mongolie. Le tournage s’est déroulé sur soixante-dix-huit jours dans la clandestinité et dans l’angoisse incessante d’être découvert.

Les comédiens et l’équipe ont été recrutés sur place et certains d’entre eux, comme le vieil homme qui, dans le film, cherche à collecter des graines, sont des survivants du camp de Jyabiangou.

Si la première moitié du film est dans son déroulement, très proche du documentaire, la deuxième moitié avec l’arrivée dans le camp de la femme de Shanghai, en se situant plus franchement dans une fiction, révèle les effets de l’énorme pression idéologique sur les personnes ordinaires.

"Le fossé" en raison de ses aspects extrêmes ne pouvait se raconter de façon traditionnelle et linéaire.

Wang Bing a trouvé une forme intermédiaire dont il résulte une œuvre forte, levant le voile avec une rare intelligence et sans avoir recours au moindre effet, sur une page sombre et encore méconnue de l’histoire de la Chine.

Francis Dubois

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