Actualité théâtrale

Au Théâtre Paris-Villette jusqu’au 10 mars

"Le funambule" de Jean Genet - Mises en scène de Cédric Gourmelon et Julien Fisera

Jean Genet écrit "Le funambule" en 1957 qu’il dédie à Abdallah Bentaga, un jeune funambule qui est aussi son compagnon, rencontré en 1956.
Le texte s’inscrit dans la seconde période de l’écriture de Jean Genet qui s’ouvre en 1955 et qui s’attache essentiellement à des artistes, Giacometti, Rembrandt, le Funambule et donne naissance à trois grandes pièces de théâtre,"Le Balcon", "Les nègres", "Les paravents".

© fred Kihn

C’est à Abdallah que Jean Gent s’adresse tout au long de ce texte-poème. Le jeune homme qui restera jusqu’à sa mort dévoué à l’écrivain est garçon de piste dans un cirque et prend des cours d’acrobatie. Jean Genet se donne alors comme objectif de faire d’Abdallah un grand funambule.
Après l’avoir encouragé à refuser le service militaire, ils voyagent ensemble, quittent la France durant plusieurs années et traversent plusieurs pays d’Europe au gré de tous les cirques où se produisaient les meilleurs fildeféristes.
C’est Jean Genet qui met au point le numéro que doit présenter Abdallah. Il choisit la musique d’accompagnement, les costumes et prend en charge la dramaturgie.
Au cours d’une tournée, le funambule a un accident. Sa chute met fin à sa carrière. Mais Abdallah ne s’en remet pas. Il se suicide en 1964.
Patrick Gufflet et l’équipe de programmation de Paris Villette (programmation réduite à 6 mois, cette année) ont eu l’idée de proposer deux mises en scène du texte et lorsqu’on peut assister aux deux représentations à la suite l’une de l’autre (elle durent chacune une petite heure) on se réjouit de cette initiative.
Chez Cedric Gourmelon, le monologue est dit par Raoul Fernandez avec un léger accent et ce détail ajouté à une grande sobriété, des déplacements en ordre géométrique, insiste sur la coloration nostalgique du poème. L’équilibriste présent sur scène et qui n’intervient qu’au final pour une brève démonstration intrigue et dérange…
Chez Julien Fisera, le comédien Pierre-Félix Gravière est seul sur le plateau. Il donne au texte à la fois une distance et une intimité grâce à des fluctuations dans l’intonation, dans le rythme et dans un travail précis sur la direction des regards.
Ici, la proximité qu’impose le lieu entre le public et l’acteur rend le texte plus immédiatement lisible.
Les deux approches de ce texte superbe de Jean Genet font une soirée singulière dont on sort troublé et ému.
Ca ne va que jusqu’au 10 mars. Dommage pour tous ceux qui ne pourront assister à l’une de ces représentations jumelles.
Francis Dubois

Paris-Villette
Parc de la Villette 211 Avenue Jean Jaurès 75 019 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 40 03 72 23 / resa@paris-villette.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Le paradoxe des jumeaux » de Jean-Louis Bauer et Elisabeth Bouchaud.
    Après la mort de Pierre Curie, Marie Curie va poursuivre seule et avec la même détermination ses recherches sur la radioactivité avant de faire des découvertes majeures sur le radium et le polonium.... Lire la suite (22 novembre)
  • « Price »
    Dans une petite ville américaine, où l’industrie décline tandis que la pollution et le chômage augmentent, Dany, qui vient de terminer le lycée, s’interroge sur son avenir, tout comme ses copains Larry... Lire la suite (22 novembre)
  • « Carnet de notes »
    Ils sont sept, quatre filles et trois garçons, sans oublier quelques instruments de musique, et l’on s’embarque avec eux pour un voyage dans l’école, de la primaire au lycée. Avec eux on est élève,... Lire la suite (21 novembre)
  • « Le soliloque de Grimm »
    Une tente quechua passablement déglinguée, un fauteuil défoncé d’où déborde le crin, une radio, un jerrycan, une vieille affiche de théâtre, une chaise percée pour SDF du vingt-et-unième siècle, une... Lire la suite (21 novembre)
  • « Ça va ? » de Jean-Claude Grumberg.
    Rien de plus anodin que la première question qu’on pose machinalement à la personne de sa connaissance qu’on croise : « ça va ? ». Une question qui à priori, ne porte pas à conséquence puisque le plus... Lire la suite (18 novembre)