Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Du côté des polars, présent et éternité.

« Le garçon dans le chêne », Fredrik Ekelund, Du côté de la classe ouvrière suédoise.

 

Fredrik Ekelund, à la suite de Mankell sans l’imiter, veut décrire la société suédoise actuelle en prenant pour personnage central, les banlieues ouvrières, celles de Malmö en l’occurrence. A force de lire les auteurs de polars suédois, plus généralement de l’Europe du Nord, on a l’impression de connaître ces villes, de les avoir visitées, d’avoir suivi leurs transformations. Se découvre ici, une autre face, cachée le plus souvent, de ces villes industrielles, la population immigrée, avec ses codes, ses lois, ses religions.

Yasmina Saïd a été assassinée. Une jeune fille de 17-18 ans qui devait passer son bac et l’avoir haut la main. Une bonne élève, en rupture de ban. Elle a quitté sa famille, et ses frères, ses cousins la traitent de « putain » parce qu’elle a décidé de vivre sa vie loin de toutes contraintes. Elle a rencontré une fille issue d’un milieu aisé avec qui elle partage un appartement.

Les deux flics, l’inspecteur Lindström et sa collègue Monica Gren, d’origine coréenne et stagiaire au début de cette enquête, sont chargés de l’affaire. Ils ne sont pas sans problème, lui surtout. L’auteur nous présente ses personnages qui seront les héros récurrents des autres romans. Les soupçons s’orientent vers les cousins qui auraient voulu laver l’honneur de la famille. Ils ne sont guère émus par la mort de la jeune fille…

Ce sera une fausse piste mais un bon moyen de décrire ces quartiers, ces cohabitations difficiles entre différentes cultures qui, au lieu de s’abreuver l’une à l’autre, ne cessent de se confronter et de s’opposer.

L’assassin se découvrira plus tard – c’est lui « Le garçon dans le chêne » du titre -, manière à pénétrer un autre milieu social, celui de la classe aisée et ses enfants déboussolés. Un paysage de 2003 qui met du plomb dans l’aile d’une représentation un peu trop mythique de cette société traversée, tout autant que les autres pays capitalistes développés, par une crise morale, éthique.

Nicolas Béniès.

« Le garçon dans le chêne », Fredrik Ekelund, Folio/Policier .

Autres articles de la rubrique Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

  • Deux polars, de Pologne et de Slovaquie
    Du côté de Varsovie Zygmun Miloszewski est salué, à juste raison à la lecture de « Te souviendras-tu de demain ? », comme un romancier qui compte. Il met en scène un couple de vieux amants mariés,... Lire la suite (25 août)
  • « A tombeau ouvert », Raul Argemi
    Raoul Argemi, aujourd’hui journaliste, romancier et homme de théâtre, fut, en 1975, un des acteurs de la lutte armée contre la dictature. Cette expérience sert de toile de fond à ce roman, « A tombeau... Lire la suite (23 août)
  • « Une année de cendres », Philippe Huet
    . Philippe Huet longtemps rédacteur en chef adjoint de Paris Normandie a voulu, dans « Une année de cendres », raconter l’histoire de deux truands qui ont tenu Le Havre de la fin de la seconde... Lire la suite (23 août)
  • « Stoneburner », William Gray
    William Gray (1941-2012) est considéré, aux Etats-Unis comme le maître du « Southern Gothic », un genre qui mélange allègrement le noir avec des ingrédients tenant du grotesque ou du surréel venant en... Lire la suite (22 août)
  • Spécial James Lee Burke.
    Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption,... Lire la suite (1er août)