Actualité théâtrale

au Théâtre de la Tempête-Cartoucherie jusqu’au 12 avril

"Le garçon du dernier rang" de Juan Mayorga

Nous proposons successivement deux points de vue sur cette création, celui de Micheline Rousselet, et celui de Francis Dubois. PL

La saison dernière, Jorge Lavelli avait fait découvrir Juan Mayorga au public du théâtre de la Tempête, en mettant en scène un de ses textes "Chemins du ciel" qui reçut le Prix de la mise en scène attribué par la SACD.
Cette saison, il propose "le garçon du dernier rang" du même Juan Mayorga, dont il signe texte français, conception et mise en scène.

Un professeur corrige les travaux de ses élèves. Les copies sont dans l’ensemble médiocres. Sauf une. Elle provient d’un garçon qui a choisi de s’installer au fond de la classe, une place stratégique quand on a envie d’observer tout le monde.
Le travail de cet élève traduit un sens aigu de l’observation qui n’est pas sans atteindre, parfois un certain voyeurisme.
Le professeur, séduit par la qualité de la prose de son élève, l’encourage à écrire une rédaction feuilleton. Le garçon choisit de coucher sous sa plume l’univers de deux familles, l’une bourgeoise et conservatrice et l’autre intellectuelle et artiste.
L’exercice débouche sur un jeu subtil à cheval sur la réalité et la fiction. Est-ce de la part du garçon un jeu innocent ou au contraire, sont-ce d’obscures manœuvres…
Toutes les caractéristiques de l’écriture de Mayorga sont dans "Le garçon du dernier rang". Le point de départ est, comme toujours, banal mais le regard aigu de l’adolescent va aller fouiller dans les arrière plans des comportements humains et renverser le cadre de la réalité et de l’ordre établi. Un bouleversement qui remue les eaux calmes et fait surgir à la surface, rêves, frustrations, ambitions et libertés entravées.
De cet imbroglio intime, il résulte une radioscopie sociale et politique des personnages.
Juan Mayorga, né en 1965 à Madrid, a écrit une trentaine de pièces et son théâtre éminemment politique occupe une place singulière dans le nouveau paysage dramaturgique espagnol.
Francis Dubois
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Un professeur de lettres corrige les copies de ses élèves. Affligeantes … sauf une, qui brusquement attire son attention. C’est celle de l’élève du dernier rang, qui a choisi ce poste d’observation d’où l’on voit tout. Il a aussi choisi un élève de la classe pour s’introduire chez lui et observer le vécu de sa famille à la façon d’un entomologiste. Encouragé par son professeur, qui peu à peu se passionne pour son travail, « le garçon du dernier rang » va se transformer en acteur qui intervient dans cette famille de la bourgeoisie d’affaires. Manipulé par son professeur, l’adolescent devient aussi manipulateur. De narrateur, il se transforme progressivement en acteur et en écrivain, ce qui le pousse à s’introduire dans une autre famille d’un autre milieu, la bourgeoisie intellectuelle. Mais la pièce ne se contente pas de présenter le monde comme un jeu de manipulations complexes, elle s’interroge aussi sur la littérature et sur l’écrivain. Qu’est-ce qui fait une œuvre littéraire, qu’est-ce qui fait qu’une fin nous bouleverse, comment maintenir l’intérêt du lecteur sans tomber dans le feuilleton vulgaire, etc… ? Comme le dit Jorge Lavelli qui a traduit et mis en scène la pièce de Juan Mayorga « Curiosité et créativité portent cet adolescent à une quête audacieuse qui va renverser le cadre de la réalité, bouleverser l’ordre établi, contaminer l’entourage et réveiller rêves, frustrations, ambitions inavouées, libertés entravées… Plus la curiosité et la littérature se heurtent à l’interdit, plus s’ouvrent de nouveaux espaces aux esprits intrépides ». L’écriture de Mayorga multiplie les points de vue, balaye les certitudes, n’hésite pas à aller à contre-courant du bien pensant culturel. En outre tout cela est dit avec humour et l’on est fasciné par le côté enquête, feuilleton, que la pièce n’hésite pas, en même temps, à critiquer !
Jorge Lavelli a monté la pièce avec un rythme, un tempo bien adapté à l’écriture de Mayorga. Même les déplacements des acteurs tiennent de cette rythmique. Alors que dans le rôle de l’élève observé Pierric Plathier bondit sans cesse, dans le rôle du garçon du dernier rang, le narrateur-écrivain Sylvain Levitte, excellent, passe d’un jeu innocent, le désir de voir ce qui se passe chez les autres, à la manipulation de plus en plus cynique à laquelle le convie son rôle d’observateur qui nourrit « son œuvre ». Pierre-Alain Chapuis a les exaspérations, les enthousiasmes et les craintes du professeur devant les forces qu’il a libérées et Nathalie Lacroix enrichit le personnage de la mère qui peu à peu n’est plus seulement une bourgeoise uniquement préoccupée de la décoration de sa maison. Avec un décor réduit, des entrées par la salle qui alternent avec les entrées habituelles, le ballet de la vie s’organise sous la houlette de Jorge Lavelli et on le suit avec passion.
Micheline Rousselet

Théâtre de la Tempête
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36 – theatre@latempete.fr
www.la-tempete.fr

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