Actualité théâtrale

au Lucernaire, jusqu’au 29 novembre

« Le gorille »

Un gorille est capturé dans la forêt africaine et transporté en bateau vers un zoo de Hambourg. Pour échapper à l’enfermement il décide de devenir homme. Il apprend à parler, à serrer des mains, à cracher, à fumer et à boire et devient ainsi un phénomène de music-hall. Ses progrès continus lui permettront de maîtriser tous les sujets de conversation avec lesquels les humains passent le temps, le foot, la télé, de devenir un riche industriel et d’obtenir le papier attestant son statut d’homme. « D’un trait de plume on m’avait donné une âme » dit-il et par la même occasion, tous les travers humains, volonté de s’enrichir, exploitation des autres hommes, jusqu’au moment où il prend conscience de l’absurdité de cette vie et constate que vivre ainsi n’a aucun sens.
Alejandro Jodorowsky s’est inspiré d’une nouvelle de Kafka, mais en a prolongé le propos. Chez Kafka, le singe obtient seulement la reconnaissance d’un aéropage universitaire qui reconnaît en lui la prouesse d’une bête capable d’imiter le parler et les manières d’un homme moyen. Alejandro Jodorowsky lui fait parcourir une étape supplémentaire. A la fin de la pièce il n’est plus simplement une victime. Il est un être accompli qui a conscience que tout ce paraître auquel s’attachent les hommes est stérile et qui veut retrouver ce qu’il est et qu’on l’a obligé à oublier. Pour l’adaptateur, lui-même enfant d’émigrés russo-juifs échoués au Chili, ce singe sans famille, sans amis, sans territoire est une métaphore de la situation de l’immigré que l’on accepte, mais que l’on considère toujours comme différent, voire nocif. « L’effort de s’intégrer à un monde qui nous tolère mais nous méprise est terrible ».
Sous les portraits de savants, dont Darwin, le Gorille raconte son histoire et devient de plus en plus un être noble et digne. Brontis Jodorowsky, le fils de l’adaptateur, est le gorille. Il a joué dans la troupe d’Ariane Mnouchkine et a consacré beaucoup de temps au travail sur le corps et au mime. Il est hallucinant en gorille, dont il adopte la démarche et les manières, capable de passer au stade humain dans la seconde qui suit. Le regard étincelant, il capte l’attention du spectateur, il nous montre un gorille différent et si semblable, qu’on ne peut qu’être ému, révolté, bouleversé.
Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 18h30
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75 006 Paris
www.lucernaire.fr
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Crise de nerfs »
    Peter Stein a choisi de mettre en scène trois courtes pièces de Tchekhov et de confier à Jacques Weber le rôle principal. Le metteur en scène a choisi de commencer par la pièce la plus sombre, qui... Lire la suite (26 septembre)
  • « Diane self portrait »
    Diane Arbus (1923-1971) est une figure majeure de la photographie de rue du XXème siècle. Fille de commerçants aisés juifs new-yorkais, elle a rencontré à quatorze ans celui qui devint son mari Allan... Lire la suite (25 septembre)
  • « Contrebrassens »
    Une femme qui chante Brassens cela surprend et enchante, quand elle a la malice et la grâce féminine que célébrait le grand Georges. Très inspirée par les textes et les mélodies du chanteur, car on... Lire la suite (25 septembre)
  • « Mademoiselle Julie »
    La pièce d’August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l’impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et... Lire la suite (19 septembre)
  • « L’Amérique n’existe pas »
    Un homme, bien seul au milieu de cartons plus ou moins bien empilés, se lance dans un monologue. Il raconte des histoires, il fait naître des personnages comme cet homme qui ne monte jamais dans un... Lire la suite (18 septembre)