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"Le grand Alibi" un film de Pascal Bonitzer - sortie en salles le 30 avril

Les romans d’Agatha Christie ont beaucoup inspiré le cinéma. Les anglais et les allemands ont été les premiers à adapter des œuvres de la romancière prolifique. Ses Dix petits nègres ont à eux seuls fait l’objet d’au moins quatre adaptations et Hercule Poirot a connu quatre incarnations. René Clair a fait la plus convaincante des adaptations des Dix petits nègres et les interprétations d’Albert Finney et de Peter Ustinov auront été deux visions différentes du personnage d’Hercule Poirot.
Retrouver associés, en haut d’un générique, les noms de Pascal Bonitzer et d’Agatha Christie a de quoi surprendre. On n’attendait pas là, le scénariste de Jacques Rivette, de Raoul Ruiz et d’André Téchiné, pas plus que le réalisateur de Encore et Rien sur Robert, même si ses deux derniers films Les Petites coupures et Je pense à vous étaient d’une tonalité plus noire et peut-être annonciateurs d’un virage vers un film de genre. Avoir choisi, pour entrer dans l’univers d’Agatha Christie, le roman Le Vallon, selon ses propres dires le moins bien construit de l’auteur est sans doute le signe que le réalisateur avait besoin d’avoir le champ libre pour mieux remodeler l’œuvre à sa guise. Non seulement il débaptise le roman mais il le rebaptise du titre d’un film réalisé par Alfred Hitchcock. Il faut ajouter à cela la disparition pure et simple du personnage d’Hercule Poirot remplacé par le Commandant Grange, un personnage beaucoup plus traditionnel et moins présent à l’image. Il ne conserve que l’énigme criminelle qu’il fait passer au second plan, au bénéfice du tracé des personnages et des histoires d’amour entrecroisées que déroule le récit.
Pierre Collier a été assassiné au cours d’un week-end qu’il passait avec sa femme et quelques autres, dans la propriété du Sénateur Pagés et de son épouse Eliane. Claire, sa femme a pu le tuer. D’autant qu’elle a été trouvée, près du corps, un revolver à la main. Elle a pu agir en femme trompée mais l’arme qu’elle tenait n’était pas celle du crime. Du coup tous les invités sont tour à tour suspectés.
L’enquête policière nous tient moins en haleine que les allées et venues oisives des personnages très dessinés ou la découverte des dessous sentimentaux qui lient les protagonistes ou les ont liés. Pascal Bonitzer dresse d’entrée le portait d’une société de bonne compagnie mêlant, dans un contexte de détente, un homme politique, un psychiatre, des artistes de tout crin, une employée dans un magasin de chaussures, une maîtresse de maison, une étudiante en lettres…
Pascal Bonitzer a réuni une pléiade de comédiens très inspirés. Si Lambert Wilson, Pierre Arditi, Anne Consigny ou Valérie Bruni-Tedeski sont parfaits, Miou-Miou et Mathieu Demy méritent une mention spéciale, elle en bourgeoise naïvement provocatrice est irrésistible et lui en écrivain alcoolique donne à son personnage des contours savoureux.
Un divertissement intelligent et malicieux et au bout du compte, la preuve faite que la rencontre de Pascal Bonitzer et d’Agatha Christie était à tenter pour le plus grand bonheur du spectateur.
Francis Dubois

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