US Magazine 798 du 13 juin 2020

Le hors contrat en embuscade

Les élèves de Terminale scolarisés dans les établissements hors contrat, considérés comme des candidats libres, auraient dû être soumis cette année aux épreuves de remplacement en septembre. C’était sans compter sur la complaisance du ministre à leur endroit.

Sous la pression des lobbies, le ministère a accordé à ces candidats les mêmes prérogatives que ceux de l’enseignement public et privé sous contrat, en retenant leurs notes de contrôle continu comme notes de bac.

Pour la session 2020 comme pour les épreuves anticipées (EAF et épreuve commune pour la spécialité abandonnée), les moyennes annuelles sont compilées dans un dossier de contrôle continu qui fait office de livret scolaire. Si le dossier doit comprendre des informations sur la nature des évaluations et du programme traité, sa recevabilité apparaît purement formelle (dossier complet, délais respectés, attestation sur l’honneur du chef d’établissement). On ne voit pas comment les jurys pourront en connaissance de cause statuer sur des notes dont ils ignoreront tout des fondements.

Effet d’aubaine

Ces établissements, dont le contrôle a été légèrement renforcé par la loi Gatel en 2018, sont en fait libres de toutes contraintes ou presque concernant les programmes et les modalités d’évaluation. Par cette procédure, l’État légitime d’une certaine façon des choix éducatifs parfois marqués du sceau de l’intégrisme religieux ou des dérives sectaires, et il réduit en retour la portée du cadrage fort que constituent des programmes nationaux et une organisation des enseignements fixée réglementairement. Par ce traitement de faveur, le ministère, non content d’accorder une plus-value à ces quelque sept cents établissements sur un marché éducatif de plus en plus concurrentiel, confie à des acteurs privés la certification pour l’obtention d’un diplôme national.

Alors certes, cela ne concernerait cette année qu’un peu plus de quatre mille candidats. Mais le récent décret modificatif qui étend encore le bénéfice de cette procédure aux écoles techniques privées et à l’enseignement à distance laisse entrevoir une véritable volonté politique. L’école publique émancipatrice pour toutes et tous n’aurait-elle guère plus de valeur, aux yeux du ministère, que les gourous et marchands du temple du hors contrat ?

Claire Guéville

Autres articles de la rubrique US Magazine 798 du 13 juin 2020