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Un film de Béatrice Pollet (France)

"Le jour de la grenouille" Sortie en salles le 12 septembre 2012

Anne Brahé est une jeune femme passionnée par son travail d’archéologue. Depuis plusieurs mois, elle s’entête à fouiller un vaste site souterrain, persuadée qu’elle va y découvrir des sépultures.

Son supérieur, le Professeur Causanel, est sceptique sur la finalité de ses recherches. Il dépêche sur place Peter Morel, un archéologue chevronné, pour suivre et évaluer les découvertes de la jeune femme.

Tout sépare Peter Morel d’Anna qui voit en lui, plutôt qu’un collaborateur, une sorte d’inspecteur. Mais lorsque l’accident survient, la réalité des sentiments qui les liaient silencieusement se révèle.

Béatrice Pollet trouve avec le sujet original qu’elle a choisi de traiter, matière à sonder l’âme humaine, à suivre les chemins tortueux, la pente imprévisible que peuvent emprunter les sentiments muselés, les séquelles douloureuses d’une rupture, la difficulté à exprimer le ressenti profond chez des individus qui travaillent à faire l’économie de leurs émotions.

Le cadre du récit est idéal : un chantier de fouilles archéologiques en pleine campagne, le petit monde qui gravite autour du site et qui se retrouve, aux heures de détente, dans l’établissement improvisé mi cantine, mi buvette, lieu de rencontre tenu par un vieil asiatique, éleveur de grenouilles.

Avec tous ces personnages minutieusement dessinés qui se croisent et entre lesquels s’est tissée une histoire, elle crée une atmosphère qui sert de socle à une narration sensible qu’elle charge de zones d’ombre.

Anna se lance tête baissée dans ses recherches peut-être dans le but de faire le deuil de cette mère alcoolique qui n’a jamais révélé à sa fille les raisons de ses fêlures.

Il reste, pour veiller sur Anna qui n’attire pas sur elle que des sympathies, le mystérieux personnage de Magg, amie proche de sa mère ou parente, femme racée, élégante, liée par des serments, mais qui se situe autant dans la fidélité profonde que dans l’éphémère.

Qui est Peter Morel sur qui veille sa fille, présente sur les lieux pour on ne sait quelles raisons et qui voudrait semble-t-il bien tirer ce père de ses retranchements ?

On ne saura pas plus d’où vient Sarah, qui, avec la chanson qu’elle interprète, donne à la buvette un vieil air de bastringue et renvoie à la poésie surannée du cinéma des années cinquante, où une chanteuse se produisait pour interpréter une chanson qui avait à voir avec l’histoire ou s’en détachait complètement.

Avec tous ces éléments réunis, Béatrice Pollet réalise un film complètement atypique dans le paysage de la production cinématographique française actuelle.

Le lieu du récit, l’univers singulier de ce monde de la recherche archéologique et ses adeptes passionnés, l’observation sensible d’un microcosme éphémère, l’universalité d’un propos qu’elle traite à son goût, avec infiniment de sensibilité, font du "Jour de la grenouille" une œuvre attachante et singulière.

La construction du film, la légèreté avec laquelle, elle manie le flash-back, les longs plans qu’elle accorde au coma d’Anna, la tranquillité avec laquelle elle installe la lente métamorphose des sentiments ajoutent une solidité à cette histoire sur la fragilité des êtres.

Francis Dubois

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