Actualité théâtrale

à la Maison des Métallos, jusqu’au 17 mai puis en tournée

"Le jour où Nina Simone a cessé de chanter" de et avec Darina Al Joundi

Seule en scène, Darina Al Joundi interprète avec passion, et une puissance évocatrice rare, ce texte qu’elle a co-écrit avec l’écrivain et dramaturge Mohamed Kacimi, pour une part auto-biographique, et reflétant de manière réaliste, souvent poignante, la société libanaise et ses déchirements. Né à Beyrouth en 1968, elle a vécu directement au cœur des guerres du Liban, dans cette "société conservatrice et féodale qui n’hésite pas à exclure et bannir quiconque enfreint l’espace du religieux".
L’histoire débute le soir des funérailles du père de Noun, qui coupe le son des psalmodies du Coran qui accompagnent cette cérémonie, pour rester fidèle aux idées de son père journaliste athée. L’acte provoque la fureur de sa famille. Elle décide de s’enfermer avec son père et l’apostrophe alors en déversant tout ce qu’elle a sur le cœur, toute sa révolte face à ce qu’elle vit, toute sa reconnaissance mais aussi sa hargne envers ce père donneur de leçons de libertés qui n’a pu rendre ce monde meilleur…
Noun est libre face à la mort, mais une simple porte la sépare d’un monde hostile qu’on entend gronder à sa simple évocation, alors que le spectacle ne contient aucun élément de décor en dehors du cadre au sol dans lequel évolue la comédienne. Au fil des évocations, Noun quitte ses souvenirs d’adolescence, de tous les excès d’une jeunesse abusant de la mort comme de l’amour dans un contexte où il faut survivre dans des conditions extrêmes, pour se confronter finalement à un monde qui interdit à la femme l’exercice de la parole, du rêve et de la révolte…
Mis en scène par Alain Timar, c’est un spectacle d’une force rare, à la fois par son articulation avec la situation réelle de cette partie du monde, et par une interprétation qui arrive à nous faire percevoir les personnages absents, où l’émotion est constante, même lorsque les tensions les plus dramatiques sont distanciées par cet humour et cette dérision qui caractérise aussi les œuvres de Mohamed Kacimi, comme dans "La confession d’Abraham"…
A découvrir très vite dans ce nouvel établissement culturel dynamique du 11ème arrondissement de Paris, à "La Maison des métallos", ancienne mutuelle des métallurgistes, lieu chargé d’histoire de luttes syndicales, qui accueillit aussi longtemps la première clinique mutualiste française à avoir introduit l’accouchement psycho-prophylactique, rompant concrètement avec le dogme de l’accouchement dans la douleur hérité de siècles d’idéologies marquées par les religions… aujourd’hui dirigé par Gérard Paquet, qui s’efforce aussi d’articuler le présent de ce lieu avec son riche passé solidaire et fraternel.
Philippe Laville

La Maison des métallos
94 rue JP Timbaud, 75011 –
01 47 00 25 20
Réservez en vous réclamant du Snes et de ses publications (projet de partenariat "Réduc’snes" en cours)– www.maisondesmetallos.org

Après le 17 mai, sera à Chateauvallon les 23-24 mai, puis au Théâtre des Halles d’Avignon, pendant le Festival. Suite de l’agenda sur http://www.lejourouninasimoneacessedechanter.com/

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