Actualité théâtrale

Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff jusqu’au 18 octobre avant départ en tournée.

"Le malade imaginaire" de Molière. Mise en scène de Jean Liermier.

Argan, un veuf remarié à Béline qui ne l’a épousé que pour sa fortune, est un hypocondriaque gémissant qui multiplie saignées, lavements et absorption de toutes sortes de remèdes.

Pour son confort d’éternel malade, il souhaite que sa fille épouse un médecin. Mais celle-ci a un autre projet et Toinette, la servante complice, plus d’un tour dans son sac…

Si on ne connaît pas la pièce de Molière sur le bout des doigts, il reste à l’esprit les moments qu’on a étudiés en classe, des bribes de tirades, la scène du poumon…

Et Molière ne désarme pas. Il est celui dont quatre ou cinq de ses pièces parmi les plus connues, continuent de se relayer sur les plateaux des théâtres de saison en saison.

Pas une saison théâtrale sans qu’on ne trouve à l’affiche " Le Tartuffe ", " Le Misanthrope ", " Dom Juan " ou ce " Malade imaginaire " dont Jean Liermier propose sa vision au Théâtre 71 après une longue tournée à travers la France.

Théâtre : le malade imaginaire

Le personnage d’Argan y est interprété par Gilles Privat qui en donne une interprétation "sur mesure" assez appuyée pour faire éclater de rire le public et plus encore, celui des scolaires auquel le spectacle est peut-être surtout destiné.

Il y a au moins deux options pour mettre en scène les comédies de Molière.

Celle où le texte est immédiatement lisible avec une mise en scène qui en permet une lecture limpide et qui puise ses effets attractifs dans les dialogues et rebondissements comiques de la pièce.

Une autre option peut offrir une "revisite" de l’œuvre, en extraire l’essentiel, remanier la construction comme a pu le faire Gwenaël Morin ou Philippe Adrien dans une adaptation franchement contemporaine, dernièrement au Théâtre de La Tempête.

Jean Liermier est, par son travail, dans le premier cas de figure et son " Malade imaginaire" qui refuse d’être audacieux ou trop inventif, s’en tient à une mise en scène peut-être un peu trop "raisonnable" mais efficace.

Les audaces ici et là semblent, elles-mêmes, un peu retenues. On attendait plus du parti-pris de disparité des costumes par exemple.

Une bonne idée que de faire de Béline une sorte de vamp à la chevelure blond-platine à la Marylin Monroe, mais on en reste là.

Les cauchemars d’Argan lui venant de sa peur de la mort, représentés par des marionnettes géantes spectaculaires auraient pu être plus exploitées.

Le parti-pris de réduire les divertissements (la fête turque), de tronquer la scène pour ne laisser voir après le prochain lever de rideau que quelques maigres traces de la fête, était également une bonne idée pour rompre avec une mise en scène attendue.

Mais dans tous les cas, on a l’impression que Liermier bride volontairement ses velléités d’audaces, qu’il fait preuve d’une sorte de prudence.

Il n’en demeure pas moins que son "Malade imaginaire" fait mouche et que l’interprétation de Gilles Privat sait convenir à ce qu’on en attend pour un plaisir immédiat.

Ces restrictions n’ont certainement guère d’importance et Jean Liermier réussit son travail de metteur en scène. Son spectacle tel quel, provoque le rire et ne laisse pas les spectateurs étrangers à la dimension plus grave de la pièce.

Francis Dubois

Théâtre 71 –Scène Nationale de Malakoff – 3, Place du 11 novembre 92 240 Malakoff.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 55 48 91 00

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Veillée de famille »
    Deux frères et une sœur autour de la cinquantaine vont et viennent, discutent de tout et de rien pendant que de l’autre côté du couloir, leur vieille mère agonise. La conversation les conduit au bout... Lire la suite (21 mars)
  • « Le pays lointain »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens, comme dans Juste la fin du... Lire la suite (21 mars)
  • « Madame Pink » Comédie d’Alfredo Arias et René de Ceccatty
    Pour rompre avec la monotonie de sa vie conjugale, madame Pink, une grande bourgeoise excentrique, décide un jour d’adopter un caniche. Or, le petit chien Roxie ira bien au delà des espérances de sa... Lire la suite (20 mars)
  • « Qui a tué mon père »
    C’est à la demande de Stanislas Nordey, acteur et metteur en scène reconnu, que Édouard Louis a écrit ce texte. C’est à une réconciliation avec ce père honni dans En finir avec Eddie Bellegueule que... Lire la suite (20 mars)
  • « Et ma cendre sera plus chaude que leur vie »
    Marina Tsvetaeva, qui connut un destin tragique, est une des plus grandes poétesses russes de la première moitié du XXème siècle. Son destin suit l’histoire russe. Son mari épouse d’abord la cause des... Lire la suite (19 mars)