Actualité théâtrale

Jusqu’au 25 janvier au Centre dramatique de La Courneuve

« Le malade imaginaire »

C’est la dernière comédie écrite par Molière, une comédie-ballet qui figure dans les programmes scolaires, qui a été beaucoup jouée, voire réécrite sur le même thème, comme on a pu le voir l’an passé avec La grande nouvelle au théâtre de La Tempête. C’est à la fois une comédie classique avec deux amoureux contrariés, un conflit père/fille et fille/belle-mère, mais c’est aussi une farce avec multiples allusions scatologiques et une charge contre la médecine conservatrice de l’époque, qui ne soigne qu’à coup de saignées et de lavements.

L’hypocondriaque Argan, au chevet duquel se pressent, avec force factures, un médecin et un apothicaire, souhaite marier sa fille Angélique à un médecin. Ce sera moins coûteux et plus commode, car il aura toujours un médecin à portée de main. Mais Angélique aime Cléante. Elle a deux alliés, Toinette la servante et Béralde, le frère d’Argan, et une ennemie, sa belle-mère, aidée par un notaire complaisant, qui souhaite l’envoyer au couvent avec sa sœur Louison, afin de rester seule héritière de ce mari dont elle attend la mort prochaine puisqu’il semble aller bien mal.

Théâtre : le malade imaginaire

La troupe du Centre dramatique de La Courneuve, qui fête cette année ses quarante ans, a fait appel à Grégoire Tachnakian pour une mise en scène qui a su jouer avec tous les aspects de la pièce, qui a réussi à la rendre actuelle en insistant sur ce qu’elle a d’universel et en faisant appel aux technologies modernes. Argan est devenu l’archétype de l’hypocondriaque, sot et dupe, monstre d’égoïsme, mais il apparaît aussi tellement humain avec son angoisse de la mort et de la solitude qui le rend incapable d’entendre le discours de raison que lui tiennent son frère et sa servante. Si dans Don Juan , c’est la statue du commandeur qui apparaît, ici Diafoirus apparaît en monument qui met en évidence sa prétention et son ridicule, accompagné d’un petit Thomas couronné de lauriers, statue blanche qui s’anime comme un clone de son père. La dimension de farce de la pièce est respectée, avec la cuvette de WC bien en vue, puisque c’est de ses selles qu’Argan est très préoccupé. Quand il entend Diafoirus ou son médecin, il se prosterne. Grégoire Tachnakian a aussi souhaité sortir la pièce du cadre figé de son époque. La maison d’Argan est équipée multimedia. Il communique avec sa femme par de nombreux téléphones. On ne voit celle-ci que par vidéo tout comme le notaire. Cela permet des gros plans qui révèlent la noirceur de l’âme de Béline. Mais cela donne aussi de la profondeur au personnage d’Argan qui dans un propos inaugural parle de l’obscénité de la mort et finit sur un appel angoissé « Y a personne ? ». Si les ballets grand siècle ont disparu, il reste de la musique, une vidéo très drôle qui évoque les bergers et bergères qui habitaient le début de la pièce et un émouvant duo chanté Angélique-Cléante. Quant au ballet final il passe du loufoque à la cacophonie et à la folie. Les acteurs sont tous très bons. On peut particulièrement saluer Mar Allgeyer qui incarne un Argan tantôt détestable, colérique, égoïste, tantôt pitoyable et Maria Gomez qui est une Toinette pleine de bon sens et de perspicacité qui tente de ramener son maître à la raison. Cette mise en scène permet de donner à la pièce de Molière toute sa profondeur.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h00, le dimanche à 16h30

Centre culturel Jean-Houdremont

Place de la Fraternité, 11 avenue du Général-Leclerc, 93120 La Courneuve

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 36 11 44

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)