Actualité théâtrale

Jusqu’au 4 janvier au Théâtre du Lucernaire

« Le marchand de Venise »

Bassanio, jeune noble vénitien peu fortuné, demande à son ami Antonio, riche marchand de la Sérénissime, de lui prêter trois mille ducats afin de se rendre auprès de Porcia, riche héritière qu’il aime et dont il souhaite gagner les faveurs. Antonio ne dispose pas de cette somme sur-le-champ car sa fortune est engagée sur les mers et qu’il attend le retour de ses bateaux. Il s’adresse à Shylock, un usurier juif qu’il méprise, pour les lui emprunter. Celui-ci renonce à demander un intérêt pour le prêt, mais exige, en cas de non-paiement, une livre de la chair du débiteur.
Théâtre : "Le marchand de Venise"
Cette pièce de Shakespeare, écrite en 1596, est beaucoup moins représentée que les autres comédies romantiques avec lesquelles elle est classée. Elle est souvent considérée comme une « pièce à problèmes ». Certains ont soupçonné Shakespeare d’antisémitisme tant le contrat qu’impose Shylock à Antonio est monstrueux. Mais vu d’aujourd’hui, le sort imposé à Shylock, privé de sa fille partie avec un jeune noble chrétien, dépouillé de tous ses biens et contraint de se convertir, apparaît tout aussi monstrueux. Comme le dit le metteur en scène Pascal Faber, « le charme du marchand de Venise est de proposer une galerie de personnages qui sont tous troubles, ambivalents, attachants et haïssables à la fois ». C’est cette ambiguïté qui l’a conduit, avec Florence Le Corre-Person, à cette adaptation qui, tout en ne négligeant pas les scènes de comédie, laisse toute son importance au discours de Shylock. La scène du Lucernaire est petite et même si le jeu des rideaux et des éclairages permet de créer un peu d’illusion, on aurait souhaité davantage de stylisation dans la scénographie. Mais Pascal Faber a su faire la part belle aux femmes. Séverine Cojannot est une Porcia qui, par le jeu de ses regards et de ses déplacements, réussit astucieusement à mener Bassanio à choisir le coffret qui lui permettra d’obtenir sa main. Elle excelle aussi déguisée en avocat à déployer toutes les ruses et les finesses qui permettront à la justice de sortir Antonio de ce mauvais pas. Il faut surtout saluer la prestation de Michel Papineschi en Shylock. Combatif et duplice dans la tirade où il rappelle à Antonio à quel point il l’a humilié et méprisé et où il exige sa livre de chair, il devient émouvant quand, vaincu et courbé, il lit la Torah, recouvert de son châle de prières, tandis que s’élève un chant religieux poignant. C’est sur une vision sombre d’Antonio et Shylock étrangers l’un à l’autre, aux deux bouts de la scène, que se clôt ce qui n’est pas vraiment une comédie, mais Shakespeare a l’habitude de déjouer les classements !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 17h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Veillée de famille »
    Deux frères et une sœur autour de la cinquantaine vont et viennent, discutent de tout et de rien pendant que de l’autre côté du couloir, leur vieille mère agonise. La conversation les conduit au bout... Lire la suite (21 mars)
  • « Le pays lointain »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens, comme dans Juste la fin du... Lire la suite (21 mars)
  • « Madame Pink » Comédie d’Alfredo Arias et René de Ceccatty
    Pour rompre avec la monotonie de sa vie conjugale, madame Pink, une grande bourgeoise excentrique, décide un jour d’adopter un caniche. Or, le petit chien Roxie ira bien au delà des espérances de sa... Lire la suite (20 mars)
  • « Qui a tué mon père »
    C’est à la demande de Stanislas Nordey, acteur et metteur en scène reconnu, que Édouard Louis a écrit ce texte. C’est à une réconciliation avec ce père honni dans En finir avec Eddie Bellegueule que... Lire la suite (20 mars)
  • « Et ma cendre sera plus chaude que leur vie »
    Marina Tsvetaeva, qui connut un destin tragique, est une des plus grandes poétesses russes de la première moitié du XXème siècle. Son destin suit l’histoire russe. Son mari épouse d’abord la cause des... Lire la suite (19 mars)