Actualité théâtrale

Jusqu’au 13 avril au Théâtre de l’Aquarium, partenaire Réduc’Snes

« Le mardi où Morty est mort »

Il y a d’abord un style, un texte d’un très jeune auteur suédois, écrit comme de la BD, mêlant l’absurde, le tragique et le burlesque. Cela commence avec des répétitions qui disent un quotidien sans grâce, le temps qui passe avec la vie qui coule et quand survient un événement c’est un voyage à Copenhague, l’étranger le plus proche pour un Suédois, ou … la mort. L’histoire de la pièce ? C’est une belle pagaille que le critique ne va pas s’essayer à raconter ! Que disent les personnages de ce qu’ils pensent vraiment ? Souvent rien par peur du jugement de l’autre. Ils restent dans le rang, ils alignent des banalités mais ils rêvent de voyages, d’amour, d’une autre vie ailleurs. La chance du spectateur c’est qu’il entend non seulement la voix qui s’exprime, mais aussi la voix intérieure des personnages, celle qui dit les excentricités dont ils rêvent, imagine les tourments qu’ils pourraient infliger à celle qui ne répond pas à leur amour, qui interpelle un Dieu bien sourd et aveugle, celle qui dit « si seulement j’avais… » et parfois « si on lâchait prise…. ».

Pour ce texte imprégné d’humour noir, François Rancillac a imaginé une mise en scène inventive et ludique. Les personnages évoluent, le plus souvent, le bas du corps masqué par une palissade rouge et verte, derrière laquelle ils peuvent disparaître, se changer et qui constitue un hors-champ porteur de mystère. La pièce débute avec des répétitions de bouts de phrases, « c’est le matin », « c’est le soir », « là c’est noël », « là c’est deux ans après » chacune ponctuée par un passage au noir et un éclairage différent, qui font rire la salle jusqu’au moment où le ton change. On entre vite dans ce mélange d’absurde, de burlesque et de choses plus graves caractéristique de la pièce. La musique, l’usage du micro soulignent ou amplifient ce qui est dit et révèlent les excès, voire le ridicule. Les cinq acteurs entrent à la perfection dans cet univers où le loufoque jongle avec le grave. Une mention particulière pour Morty, le chien par qui toute cette pagaille arrive, brillamment interprété par JuBonnet.

C’est original, dynamique, inventif et c’est une découverte, Rasmus Lindberg ayant tout juste dépassé les trente ans.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h

Théâtre de l’Aquarium

La Cartoucherie, Route du Champ-de-Manœuvre

75012 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 74 99 61

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Phèdre" de Sénèque
    Sénèque aurait écrit 9 tragédies, toutes inspirées de légendes grecques, dont Agamemnon, Hercule furieux, Hercule sur l’Oeta, Œdipe, Médée –qui est au programme des Amandiers en fin de saison, et que met en... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Nathan Le Sage" de Lessing
    Jérusalem, 1187. Le nouveau maître de la ville, le sultan Saladin, en ce temps de Croisades appelle au respect de la foi musulmans, juifs et chrétiens. Les Templiers qui tuent en invoquant Dieu... Lire la suite (Avril 2008)
  • "Sept secondes/ In god we trust" de Falk Richter
    Un pilote de l’armée américaine est suivi dans son quotidien, lequel consiste pour l’essentiel à larguer des bombes sur l’Irak. Il agit avec la concentration et l’application d’un enfant devant ses... Lire la suite (Mars 2008)
  • "Anagrammes pour Faust"
    Certains objets de notre quotidien aspirent comme certains humains à la vie éternelle. C’est le postulat de départ de la pièce. Ce souhait d’éternité nous renvoie à Faust qui, pour ce pouvoir, vendit son... Lire la suite (Mars 2008)
  • "Mère Courage et ses enfants"
    Brecht écrit Mère Courage en 1938, en pleine montée du nazisme. Alors que la menace de guerre plane sur l’Europe, il est contraint de s’exiler... Brecht choisit de situer l’action de Mère Courage... Lire la suite (Mars 2008)