Actualité théâtrale

au Lucernaire

"Le misanthrope" Jusqu’au 18 mars

Nous connaissons tous Alceste, son désir d’un monde vertueux et transparent d’où l’hypocrisie et la cupidité seraient bannies, un homme qui se fâche avec tous car il dit les vérités qu’il vaudrait mieux taire et qui préfère perdre un procès, où son bon droit est évident, plutôt que d’acheter le juge comme le fait son adversaire. Mais pour son malheur, Alceste est aussi un homme amoureux et jaloux, et l’objet de sa flamme est une coquette habile à manier la flatterie, l’image même de ce qu’il exècre. Molière a su faire de cette dénonciation des courtisans de son temps une comédie, dont le dénouement est pourtant d’une grande cruauté. Si Célimène est dévoilée et humiliée, Alceste ne peut la convaincre de le suivre à l’écart du monde et son intransigeance le condamne à la solitude.

Pourquoi le jeune metteur en scène Dimitri Klockenbring a-t-il choisi de mettre en scène cette pièce ? Il dit « Je pense qu’Alceste est un personnage éminemment contemporain, en ceci qu’il est dans un antagonisme permanent entre son désir individuel et les nécessités sociales » et la pièce renvoie à la question suivante : comment nous arrangeons-nous avec nos déceptions et nos désillusions ? Ceci le conduit à choisir de placer les personnages dans un environnement contemporain. Ils sont en chemise et en jean, un verre à la main, sur fond de musique actuelle. Le contraste avec les alexandrins, dont le rythme est parfaitement respecté, surprend au premier abord, puis on se dit que ce texte que nous avons tous étudié au lycée et qui pour beaucoup d’entre nous reste lié au rapport qu’avait Molière avec la Cour, dépasse son temps et renvoie à quelque chose de très profond dans l’homme.

Les acteurs mériteraient tous d’être cités mais trois dominent la distribution. Lorraine de Sagazan campe une Célimène, coquette et sensuelle, qui semble aimer Alceste un peu plus que les autres, tout en les laissant tous espérer, et qui n’hésite pas à médire de tous. Tristan Le Goff incarne un Alceste trop honnête pour accepter de mentir, fusse par omission, pour plaire, trop intransigeant pour accepter le moindre compromis, même si cela entraîne pour lui de la souffrance. Thomas Zaghedoud incarne avec finesse un Philinte, qui reste proche d’Alceste tout en cherchant à le convaincre d’être un peu plus indulgent envers les faiblesses des autres.

Une soirée qui permet aux plus âgés de redécouvrir l’universalité de Molière et son extraordinaire capacité à mettre le rire au service de la réflexion et aux plus jeunes d’être séduits par cette mise ne scène un peu rockn’roll d’un grand classique.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 15h.
Le Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

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