Actualité théâtrale

Jusqu’au 21 mai, au théâtre du Ranelagh

« Le misanthrope »

En chacun de nous un Misanthrope ne veille-t-il pas ? Qui de nous n’a pas eu envie, un jour, d’envoyer promener les convenances, de dire à son supérieur hiérarchique qu’il est imbu de sa personne et incompétent ? Celui-là ne peut que se réjouir d’entendre, à l’âge adulte, une pièce qu’il a peut-être étudiée autrefois et dont il redécouvre la richesse du propos et la beauté de la langue.
C’est dans le contexte des attaques portées contre Tartuffe et Don Juan que Molière crée Le misanthrope, la dernière de ses Comédies « politiques », qui suscita moins de polémiques que les précédentes car elle ne s’en prenait pas à la religion ou au mariage, mais seulement à l’hypocrisie des mœurs. C’est à la société de cour qu’elle s’attaque, aux salons parisiens où une société d’oisifs tisse ses intrigues amoureuses, se pique d’écrire et de pratiquer l’art de la conversation avec esprit et ironie. Même si la pièce porte la marque de son temps, l’envie de transgresser les règles sociales impératives reste d’actualité et celui qui se refuse au jeu de la compromission et aspire à une totale sincérité dans les rapports sociaux se retrouve facilement placé en marge de la société. Mais dans cette pièce, Molière nous offre encore bien plus. Un personnage exceptionnel, Alceste ! Sa mélancolie, ses colères, sa passion qu’il sent dès le début vouée à l’échec, en font un personnage intemporel qui nous agace et qui nous touche au plus profond du cœur.

La mise en scène de Serge Lipszyc réussit à placer la pièce dans son siècle, tout en montrant l’actualité du propos. Les éclairages doux évoquent les éclairages à la bougie, mais Alceste et Philinte portent un pantalon moderne sous leur redingote grand siècle. Nous sommes dans le salon de Célimène, mais il est ouvert sur le monde extérieur, avec dans l’entrée, un grand portrait du roi, absent de la pièce et pourtant omniprésent dans les relations de cour qui nous sont montrées. Les entrées et sorties des différents personnages sont fluides et sans afféteries.
Serge Lipszyc est Alceste. Il est cet homme bourré de contradictions et qui en souffre, aussi excessif dans ses réprobations que dans son obstination à aimer une coquette qui est tout ce qu’il déteste. Il sait passer par des moments d’excitation puis d’abattement. Il manie les silences, où on sent monter son indignation, et les explosions de colère. Valérie Durin est une Célimène coquette et brillante. On ne peut oublier le sourire figé qu’elle arbore à la fin, lorsqu’elle est démasquée. Elle ne sait pas encore ce que sera son avenir, mais elle refuse jusqu’au bout d’abandonner la Cour pour s’ensevelir avec Alceste, « de renoncer au monde avant que de vieillir ». Il faut aussi citer Bruno Cadillon qui campe avec finesse la voix de la sagesse, le raisonneur, l’homme du juste milieu, Philinte.
Tous ont un respect du texte et du rythme des alexandrins qui nous font dire que le plaisir de voir cette pièce ne doit pas être réservé qu’aux lycéens et aux étudiants. Redécouvrez vite Molière au Ranelagh !
Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 17h.
Théâtre du Ranelagh
5 rue des vignes, 75016 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 88 64 44
www.theatre-ranelagh.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • "Motobécane"
    "Motobécane" est repris du 3 novembre au 30 décembre (sauf les 24 et 25 décembre) Novembre : les dimanches à 17h30 et les lundis à 19h Décembre : lundis et mardis à 19h, mercredis à 21h15,... Lire la suite (16 novembre)
  • « Waynak »
    Les plus vieux d’entre nous avaient rêvé d’un monde sans guerre. Pourtant elle était toujours là, mais plus loin. Et puis maintenant elle n’est plus loin, juste de l’autre côté de la Méditerranée. Les... Lire la suite (16 novembre)
  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)