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Un film de Stephan Streker (France-Belgique)

"Le monde nous appartient" Sortie en salles le 11 juin 2014

Pouga est un jeune délinquant sur le chemin de la réinsertion. Mais comment peut-on imaginer qu’un boulot de laveur de carreaux va suffire pour retrouver " le bon chemin"… quand on est passionné de grosses cylindrées qu’on "emprunte" pour une pointe de vitesse sur l’autoroute ?
Julien est un espoir du Football amoureux de la vie. Au moment où il est sélectionné pour un match qui va être déterminant pour sa carrière, il demande à son manager de lui prêter sa voiture pendant qu’il sera en déplacement au Brésil.
Le destin de ces deux jeunes hommes qui se ressemblent sans se connaître, qui partagent les mêmes valeurs et un même désir d’absolu, va les amener à se croiser.
Ils auraient pu être amis…

La première qualité du film de Stephan Streker est la façon dont il est construit.
Les séquences alternées qui mettent en présence tour à tour Pouga ou Julien et qui les définissent socialement, intimement, dénoncent une "parenté" entre les deux qui prend la forme d’une énigme.
Les scènes distillent les indications avec parcimonie sans toujours annoncer l’identité du partenaire. Ils restent à découvrir.
Les moments les plus banals, ceux concernant Julien qui l’opposent à un père inquiet et protecteur ou ceux qui mettent face à face Pouga et l’assistante sociale, sont basiques mais ils sont amenés de telle façon qu’ils fonctionnent avec efficacité et révèlent au-delà de ce qui est dit.
C’est petit à petit que les personnages se dessinent et, même si le film assume d’entrée qu’il y a le coupable et la victime d’un coup de couteau, le récit accompagne le quotidien de ces deux jeunes gens qui s’opposent dans un conflit absurde mais seront unis par la tragédie.
Des moments décalés mettent en scène leurs désirs, leurs envies, leurs ambitions, leur rapport aux autres. Et s’il s’agit de deux personnalités contrastées, le propos du film est de montrer avec autant de bienveillance et de générosité l’un et l’autre. Pouga et Julien vivent dans un rêve, mais de façons différentes. Pouga, le plus frondeur des deux a besoin de l’ivresse que lui procure la vitesse, de se bercer d’un amour impossible. Julien vit dans le concret : un objectif professionnel, une petite amie dont il est amoureux, un contexte familial conflictuel.

Le film bénéficie de la présence de trois comédiens qui le servent admirablement.
Vincent Rottiers tout en violence retenue, Ymanol Perset solide, charismatique avec quelque chose d’angélique, Reda Kateb précis, tendrement machiavélique.
Les trois partitions sont parfaitement complémentaires auxquelles il faut ajouter la présence, dans un rôle secondaire, d’Olivier Gourmet pathétique en père incapable de nommer son amour pour son fils.

"Le monde nous appartient" est une œuvre forte, aboutie, sincère.
Francis Dubois

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