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Un film de Julian Roman Pölsler (Allemagne)

"Le mur invisible" Sortie en salles le 13 mars 2013

Une jeune femme est partie en compagnie d’un couple de vieux amis pour un séjour dans un chalet de montagne. S’étonnant de ne pas les voir revenir après une promenade jusqu’au village voisin, elle part dès le lendemain matin à leur recherche, accompagnée de son chien.

Mais à mi-chemin, sa marche est interrompue par un mur invisible, de toutes parts

infranchissable.

Elle tente d’autres itinéraires mais c’est pour constater que le mur est partout et qu’au-delà, la vie semble s’être arrêtée.

Contrainte de séjourner dans le chalet, elle organise ses journées en compagnie de son chien qui devient pour elle une présence précieuse.

Alors qu’elle est devenue une sorte de Robinson Crusoé, cultive la terre, fend le bois, chasse le chevreuil, elle voit apparaître autour d’elle d’autres animaux providentiels : une vache pour lui procurer le lait et tous ses dérivés, une chatte qui mettra bas un chaton, comme si, dans son périmètre, la vie suivait son cours.

Adapter le roman de Marlen Haushofer, considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature germanique, était une gageure dont s’acquitte avec brio Julian Roman Pölsler.

Un seul personnage occupe l’écran pendant plus d’une heure quarante sans qu’on éprouve la moindre lassitude.

Le récit n’est pourtant soutenu que par les menus événements qui surviennent et par l’angoisse latente de voir le mur se dresser hors de ses limites.

Le personnage apparaît sous deux aspects différents. Celle qui tient son journal est une femme aux cheveux courts mal taillés d’ apparence presque négligée contraste avec l’héroïne du récit, vaillante et volontaire qui s’accommode avec une grande philosophie des circonstances.

Laquelle est le personnage réel ? Les événements mentionnés dans le journal sont-ils le fruit de l’imagination d’une femme tourmentée qui aurait inventé l’existence du mur invisible et se serait enfermée à l’intérieur de frontières imaginaires ?

Le texte du journal accompagne les images. Il relate les faits au quotidien, les occupations rustiques, la vie de cette femme reconvertie en paysanne, rythmée par le charme du cycle des saisons, la fenaison, la fente des bûches, la récolte des pommes de terre, la chasse…

Il interroge sur la solitude, sur la capacité à l’homme à s’adapter, sur la capacité à aller au delà de ses propres limites, sur les circonstances qui aident à regarder les éléments de proximité d’une façon différente.

Ainsi, il en coûtera terriblement à la jeune femme de tuer des animaux des bois pour se nourrir mais la nécessité aidant, la chose deviendra à chaque fois un peu moins difficile à effectuer.

Superbes paysages de montagnes pour une histoire étrange par laquelle on se laisse porter et qu’accompagnent un malaise léger, un dérangement soutenu de bout à bout.

Une aventure humaine bouleversante portée par la virtuosité de la mise en scène et par l’interprétation magistrale de la comédienne Martina Gedeck.

Francis Dubois

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