Actualité théâtrale

Au Nouveau Théâtre de Montreuil, du 15 mars au 15 avril

"Le mystère du bouquet de roses" de Michel Puig, mise en scène de Gilberte Tsai

On connaît surtout Michel Puig, écrivain argentin, pour "Le baiser de la femme araignée" dont l’adaptation au cinéma connut le succès, ou pour "La trahison de Rita Hayworth". "Le mystère du bouquet de rose" est le dialogue ininterrompu entre une vieille dame riche souffrante et son infirmière, une femme sans âge que la vie a cabossée avant de la laisser sur la touche.
Pendant une heure quarante, dans le décor unique d’une chambre de clinique, les deux femmes vont s’approcher, s’opposer, se mentir, se rejeter, se rapprocher et nous faire découvrir, au détour d’une phrase, au hasard d’un comportement, d’une réaction, d’un geste, ce que chacune d’elle enfouissait jusque là dans le silence. Leur approche est prudente, guidée par les règles qui régissent les relations entre maître et serviteur. La patiente est une vieille dame capricieuse qui, parce qu’elle s’était depuis longtemps refusée à se laisser aller à toute émotion, repousse la sympathie que lui inspire celle qui est rentrée à son service. et qui, pourtant, pourrait représenter un palliatif à sa maternité frustrée, à la douloureuse privation d’un petit fils mort prématurément et qu’elle idéalise dans son souvenir.
La vérité se dévoile. L’éclairage se fait partiellement sur le passé des deux femmes et leur dialogue prend alors des allures d’enquête dont devrait ressortir la vérité sur un passé jalousement gardé, distillé avec un mélange de parcimonie, de pudeur et de respect des règles de la hiérarchie sociale. Quelque chose se passe entre les deux femmes qui sert de déclencheur et la solitude, l’isolement ou l’approche de la mort feront le reste.
Gilberte Tsai a opté pour une mise en scène à la fois fluide et tendue et, pour les épisodes oniriques du récit, de jeux de lumière subtils. Elle s’est entourée de deux comédiennes magnifiques. Christine Cohendy est époustouflante en vieille dame capricieuse, vestale des bonne manières et de la hiérarchie sociale. Elle sait donner le temps d’une lueur dans l’œil la malice ou l’effet de la solitude. Sylvie Debrun est à l’opposé toute en retenue et candeur. Discrète et appliquée, elle n’est sans doute pas la plus ignorante du jeu de dupes qui s’est engagé entre elle-et la vieille dame.
Un beau spectacle drôle et touchant mené avec autant de rigueur que de souplesse par une Gilberte Tsai très inspirée.
Francis Dubois

Nouveau Théâtre de Montreuil,
10 place Jean-Jaurès. 93 100 Montreuil.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 48 70 48 90
ou www.nouveau-theatre-montreuil.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Providence »
    Lorsque les tours jumelles se sont effondrées le 11 septembre 2001 à New-York, il y a eu des milliers de morts, mais aussi plusieurs dizaines de disparus dont on n’a jamais retrouvé nulle trace. On... Lire la suite (13 avril)
  • « Suzanne »
    Paul se marie avec Louise, sous le bruit de la canonnade, à la veille de partir à la guerre en 1914. En 1915 il déserte, revient chez lui et, avec l’aide de Louise, se travestit en femme pour... Lire la suite (11 avril)
  • « Qui suis-je ? »
    Vincent est en Troisième. Il a quatorze ans et demi, se trouve un physique d’endive, est intelligent et bon élève, mais nul en sport, ce qui lui vaut les sarcasmes du prof de gym et des autres... Lire la suite (8 avril)
  • « Madame Marguerite »
    Curieuse institutrice que cette Madame Marguerite, qui insiste sur son nom, l’écrit au tableau tout comme un certain nombre de sentences sur la vie, la mort, le sexe pour qu’elles s’inscrivent dans... Lire la suite (6 avril)
  • « Tous mes rêves partent de Gare d’Austerlitz »
    Dans une Maison d’arrêt de femmes, des prisonnières se retrouvent à la bibliothèque. Elles y évoquent leur quotidien, leur travail, leurs amours, leur enfance ou leurs rêves. Le soir de Noël elles ont... Lire la suite (4 avril)