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Un film de Jacques Bral (France)

"Le noir (te) vous va si bien" Sortie en salles le 5 décembre 2012.

Cobra est une jeune fille d’une vingtaine d’années. Elle appartient à une famille émigrée d’un pays d’Orient attachée aux traditions, aux règles et au respect des rites de la religion.

Si Maléké, la mère, est une femme ouverte sur le monde occidental, Moncef, le père, veille à ce que sa fille se conduise de façon irréprochable.

C’est ainsi que chaque matin, Cobra se présente à son père avec foulard noué dissimulant la moindre mèche de ses cheveux et vêtue de noir.

Mais avant de pénétrer dans la boutique du quartier de la Défense où elle est vendeuse, elle passe par le café tenu par Richard où, enfermée dans les toilettes, elle se transforme en une jeune fille de culture occidentale, cheveux lâchés et tenue de ville.

Ce passage quotidien par l’établissement de Richard a fini par créer des liens amicaux (et peut-être déjà amoureux) entre les deux jeunes gens.

Mais à la maison, Moncef est inquiet. Si Cobra est maintenant en âge de se marier, de quelle façon s’y prendre pour lui trouver un mari qui remplirait toutes les conditions requises. Moncef ignore que Serge, le fils du patron de Cobra est éperdument amoureux de sa fille et qu’il est prêt à se convertir pour l’épouser.

Mais Cobra n’éprouve aucun sentiment amoureux pour Serge et de jour en jour, se rapproche de Richard. A ses côtés, elle va devenir une jeune fille émancipée, offerte à une liberté où elle va plonger et qui lui sera fatale.

Jacques Bral pourrait être considéré comme le "frère de cinéma" de René Féret, de Jean-François Stévenin ou du regretté Claude Faraldo, autant d’électrons libres dans le paysage cinématographique français.

Après un très réussi " Extérieur nuit" en 1980 qui révéla Christine Boisson et Gérard Lanvin et fut récompensé dans de nombreux festivals (Cannes, Locarno), il réalisa en 1984, le méconnu " Polar", et "Mauvais garçon" neuf ans plus tard. Il faudra attendre treize ans pour le retrouver avec " Un printemps à Paris" .

En 2012, il réalise " Le noir (te) vous va si bien" au titre ironique, où il met face à face deux cultures, l’occidentale et l’orientale en réalité plus convergentes qu’opposées et qui ne cherchent qu’à se donner l’une à l’autre des réponses à l’attirance / refus qu’elles exercent l’une sur l’autre.

Les parents de Cobra ont leur propre histoire. Le père, épicier de quartier, homme modeste, presqu’effacé, trouve sa force d’immigré dans l’application de la règle, dans les domaines de la religion, de l’éducation qu’il a donnée à ses enfants et d’un comportement au quotidien irréprochable.

La mère s’est ouverte à la culture occidentale sans renier les exigences de ses origines.

Le frère vit une existence de façade. Il se veut le relais des traditions et de la pratique de la religion mais, fiancé à une jeune fille voilée, il se permet certains écarts de morale, marquant une différence entre sa sœur et lui.

Ces personnages et leur environnement, la façon dont ils vivent leur culture d’origine est la partie très réussie du film car elle est très juste et touchante dans son traitement.

Venant en contre-point, la description beaucoup moins élaborée de la famille française à travers Serge et ses parents souffre d’un trait trop appuyé, l’offrant au stéréotype, même si dans la scène de l’impossible demande en mariage, Thierry Lhermitte qui incarne le père nous donne à voir une scène avoisinant le burlesque.

Avec " Le noir (te) vous va si bien" , Jacques Bral, lui-même pétri de ces deux cultures, donne dans une narration simple et essentiellement charnelle du quotidien, la mesure d’une tragédie contemporaine, palpable et absurde.

Francis Dubois

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