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Le nombre d’inscrits au concours 2020 de recrutement dans les collèges et les lycées connaît une forte baisse

Le Ministère de l’Éducation nationale a publié la semaine dernière les chiffres des « inscrits bruts » aux concours de recrutements d’enseignant-e-s pour la session 2020 (CAPES, CAPET, Agrégation). Après examen des candidatures par les services du ministère, le nombre d’ « inscrits nets » sera plus faible. Or, si l’on compare ces chiffres bruts pour 2020, aux chiffres nets des sessions antérieures, la saignée est impressionnante, et générale. Pour l’ensemble des CAPES externes, la baisse est de 7,8 % entre 2020 et 2019, et de 15 % depuis 2016. Pour l’ensemble des CAPET externes, les baisses sont respectivement de 16,6 % et 19,7 %. L’agrégation externe n’est pas épargnée, puisque le nombre d’inscrits baisse de 5,3 % entre 2020 et 2019, et de 22,3 % entre 2020 et 2016. Cette évolution est très préoccupante, alors que les effectifs d’élèves sont prévus en hausse dans les collèges et les lycées : comment couvrir leurs besoins si les diplômés se détournent des concours enseignants ?
Les disciplines déjà très déficitaires, où le nombre de candidatures ne permet déjà pas de pourvoir tous les postes mis au concours, ne voient pas d’amélioration. En mathématiques, où 228 des 1200 postes au CAPES externe n’avaient pas été pourvus à la session 2019, il n’y a que 3756 « inscrits bruts » pour 2020, contre 4519 « inscrits nets » en 2019 (-16,9%) et 5365 en 2016 (-42,3%) ! Dans cette discipline, le nombre d’inscrits à l’agrégation externe baisse de 4 % par rapport à 2019, et de 24,7 % par rapport à 2016. Les inscrit-e-s au CAPET de trois des quatre spécialités d’économie-gestion plongent aussi (-18,9 % en éco-gé compta).


La baisse des inscrits confirme la faible attractivité de nos métiers. Nos ministres successifs n’ont rien fait pour enrayer la dévalorisation de nos conditions de travail et nos rémunérations. Ils n’ont rien fait de substantiel, non plus, pour assurer aux étudiant-e-s qui préparent les concours, les meilleures conditions de réussite. Master en alternance, Emploi d’Avenir Professeur (EAP) puis Étudiant Apprenti Professeur (EAP2), et maintenant AED Préprofessionnalisation, tous ces dispositifs consistant à travailler comme précaire en amont du concours, ont bénéficié d’une large communication ministérielle, sans qu’un véritable bilan en soit tiré. Ils n’ont pour finir rien changé au problème : ils sont restés très marginaux, ont donné lieu à de nombreuses démissions, et les taux de réussite des étudiant-e-s qui en ont bénéficié ont été très faibles. Aujourd’hui, répétons-le, il n’existe aucune aide financière pour préparer les concours 2020 : que les candidats se débrouillent, et on verra bien s’ils y arrivent !
Dans ce contexte, entreprendre à marche forcée une nouvelle réforme de la formation des enseignants et des concours de recrutement (la troisième en dix ans) semble particulièrement imprudent, et toute réforme qui ne placerait pas au centre de ses préoccupations l’élargissement du vivier de candidatures, semble terriblement dangereuse. Le Ministère a pourtant confirmé le 20 novembre que c’est bien en 2022 que serait mis en œuvre, pour la première fois, le nouveau concours. L’impact de la réforme sur le niveau de recrutement en 2021 et 2022 nous semble mal anticipé, pour deux raisons au moins. La première, c’est que les universités doivent mettre en place des formations ad hoc en M1 dès la rentrée 2020 (puisque le concours se passera en fin de M2), alors que la forme de ces nouveaux concours n’est connue que de manière très générale. Les futur-e-s candidat-e-s de 2022 sont déjà en L3, comment se préparer sereinement à un concours qui s’annonce très différent dans ces conditions ? N’est-ce pas le meilleur moyen d’en amener un certain nombre à y renoncer ? La seconde raison, c’est que les étudiant-e-s de M1 à la rentrée 2020 vont constituer le vivier de deux sessions successives, en 2021 et en 2022. On risque donc de voir le nombre de candidatures diminuer plus encore à ces deux sessions !
Pour le SNES-FSU, il faut vraiment répondre à l’urgence :
- reporter l’application de la réforme et ouvrir un réel temps de concertation qui permette d’embrasser toutes les dimensions de la question (en particulier la mise en place d’un large pré-recrutement) ;
- établir sans délai des aides financières pour la préparation aux concours (en les accordant par exemple systématiquement aux admissibles non admis)

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