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Un film d’Estelle Larrivaz (France)

"Le paradis des bêtes" Sortie le 14 mars 2012

Il s’en serait fallu de peu que Dominique soit un bon époux et un bon père, aimant et attentionné. Il l’est encore parfois quand il n’est pas saisi de pulsions de violence dont son épouse, Cathy est surtout la victime...
Ses réactions résultent peut-être de sa déception à voir son couple se défaire doucement et de son impuissance à faire face aux difficultés conjugales en adulte responsable.
Lorsque la situation aura atteint un point de non-retour, il laissera sa sœur s’occuper seule du magasin animalier dont ils sont propriétaires et partira s’installer en Suisse, dans un hôtel de luxe, avec ses deux enfants, Clarisse dix ans et Ferdinand, six ou sept.
Cathy, blessée au cours de la dernière dispute, une fois rétablie, cherchera à récupérer ses enfants alors que Dominique, voulant résider en Suisse s’est lancé dans l’achat véreux d’un salon de coiffure…
Estelle Larrivaz dont "Le Paradis des bêtes" est la première réalisation, fait ici preuve d’une grande maîtrise. Elle parvient, en traitant deux sujets risqués, la violence conjugale et les enfants face à l’entre déchirement des parents, un récit d’une grande délicatesse, intimiste, où viennent progressivement s’inviter les ingrédients d’un triller.
Par quel miracle, ou par quelle habileté de conteuse, les éléments se mettent-ils en place sans se nuire, traitant à la fois, avec la même fluidité, le drame social intimiste et le suspens ?

La destruction du couple est traitée en quelques scènes contrastées, celle où les parents assistent enlacés au spectacle de magie que donnent les enfants. Mais la réapparition de la fillette dans la caisse où elle a disparu l’instant d’avant est contrariée par le blocage du système de fermeture. Il faudra faire sauter la serrure et le plaisir du spectacle se mêle d’une inquiétude qui se vérifiera jusqu’au paroxysme des scènes de violence extrêmes.
Estelle Larrivaz parle de conte réaliste. Il y a effectivement quelque chose du conte dans le déroulement de son film, les paysages neigeux, le goût des enfants pour la magie et la fantaisie, les penchants ludiques du père, l’habitude de la mère à assortir les histoires qu’elle raconte aux enfants, d’un jeu d’ombres chinoises
Et le manège où commence et s’achève le film est pris dans une lumière qui échappe aux couleurs réalistes et plonge les protagonistes dans une sorte de récit second.
Dans "Le paradis des bêtes", tout n’est pas vu du seul point de vue des enfants. C’est sans doute le parti pris de la réalisatrice pour éviter à son film de plonger dans une atmosphère trop étouffante, voire anxiogène. Elle parvient au contraire, à multiplier les regards sans cesser de centrer le récit. Son choix lui permet d’échapper à tout jugement sur ses personnages et de rendre à chacun sa part d’humanité et son potentiel d’amour.
Estelle Larrivaz a réalisé un film à la fois dense et fluide. Elle a su capter le regard des enfants avec la plus grande justesse, l’émotion et cette sorte de fatalité qu’ils ressentent et qui est, face aux épreuves et dans les pires moments, leur moyen de défense, de résister à l’insupportable.
Un beau film dont la fragilité est le plus bel atout et une très belle distribution.
Francis Dubois

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