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Un film de Sudabeh Martezai (Autriche)

"Le petit homme" Sortie en salles le 25 mars 2015.

Ramasan a tout juste onze ans mais depuis qu’il a appris la mort de son père tombé en Tchétchénie, il se sent investi d’une mission : devenir l’homme de la famille et veiller sur sa mère et sur ses deux jeunes sœurs dans le centre de réfugiés en Autriche où ils ont échoué.

Il s’acquitte de son rôle avec une certaine efficacité jusqu’au jour où Issa, nouveau venu dans le camp, rapporte à la famille des objets qui ont appartenu au défunt.

Issa, homme doux et serviable va très vite être ressenti par Ramasan comme un danger qui viendrait menacer sa position de chef de famille….

Cinéma : Le petit homme

Pour écrire le scénario de son film Sudabeh Mortezai (arrivée de Téhéran à Vienne à l’âge de 12 ans) a pris comme point de départ plusieurs histoires vécues qu’elle a associées les unes aux autres afin de parvenir à un récit qui soit profondément ancré dans le réel.

Son idée maîtresse était, par ailleurs, d’illustrer le mot-clé "intégration" du point de vue des réfugiés et de traiter cette situation de "l’intérieur".

Elle était intéressée par ce que les psychologues appellent la "parentification", ce poids que portent les enfants de familles immigrées contraints de grandir trop vite et d’avoir à assumer des responsabilités qui ne sont pas de leur âge.

Souvent, et c’est le cas de Ramasan dans le film, parce que les enfants apprennent la langue du pays d’accueil beaucoup plus vite que leurs parents.

"Le petit homme" a été tourné dans le camp de Macondo à la périphérie de Vienne, où vivent plus de 2000 personnes originaires de plus de 20 pays. Les derniers arrivants provenant essentiellement de Tchétchénie, de Somalie et d’Afghanistan.

Si les personnages de Ramasan, de sa mère et d’Issa sont joués par des comédiens amateurs rencontrés au cours de castings, ils restent des interprètes et ce ne sont jamais leurs propres histoires qui sont racontées dans le film.

Sudabeh Mortezai a centré son récit sur le personnage d’un jeune garçon d’à peine onze ans qui, à partir de la disparition d’un père qu’il hisse à l’état de héros, développe sa propre image de la masculinité.

Sur cet homme qu’il a très peu connu mais qu’il considère comme un héros de guerre, Ramasan projette une admiration totale.

Si le jeune garçon craint avec l’apparition d’Issa de se voir déposséder de son rôle de chef de famille, si un sentiment de jalousie s’empare de lui, ce qu’il reproche à celui qui s’est présenté comme un compagnon de guerre du père, c’est d’être un homme ordinaire, blessé, qui ne correspond pas à l’image qu’il s’est forgée du combattant.

Sudabeh Mortezai conduit son récit comme une chronique quotidienne d’un camp de réfugiés en Autriche, sans se départir d’une tension à peine perceptible mais suffisamment forte pour laisser peser le poids d’un drame.

Une histoire forte servie par un jeune interprète dont on n’est pas prêt d’oublier la puissance du regard, cette détermination où flotte encore l’innocence de l’enfance….

Francis Dubois

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