Actualité théâtrale

Jusqu’au 22 octobre au Théâtre de la Colline

« Le poète aveugle » Réduc’Snes

Jan Lauwers appartient à une génération d’artistes reconnus dans toute l’Europe, qui réinvente une écriture où se mêlent théâtre, musique, installation et danse. C’est la première fois qu’il est invité à La Colline. Sa Compagnie, la Needcompany a désormais plus de trente ans. Des affinités et des couples se sont formés dans un joyeux mélange de langues et de nationalités, donnant à Jan Lauwers l’idée de faire parler chacun de lui, de ses origines, de sa famille dans sa propre langue, une façon simple et imparable de démontrer que nous sommes tous le fruit de mélanges fort riches !

Chacun des sept acteurs raconte donc, dans sa langue et par ses gestes, son histoire.

Théâtre : Le poète aveugle

Grace Ellen Barkey, dans un costume qui apparaît comme une variation baroque sur ses lointaines origines indonésiennes, commence par de longues (trop longues) variations sur son nom égrené sur tous les tons. Les autres suivront, héritier d’une lointaine lignée de forgerons armuriers, ou de Vikings, ou d’un Liégeois qui n’avait pas besoin de bateaux pour conquérir le monde, un tonneau de bière heureusement vidé lui suffisant pour naviguer sur la Meuse ! En parcourant l’histoire à travers les arbres généalogiques de tous les membres de la Needcompany, des liens apparaissent qui relient chacun aux autres. Notre histoire est le fruit de hasards, d’accidents de parcours, de rencontres. La question des origines, des violences enfouies nous revient au visage accompagnant la grande Histoire et ses mensonges ainsi que le clame le Tunisien Mohamed Toukabri, car hasard de l’histoire les arbres généalogiques des comédiens s’entrecroisent à l’époque des Croisades !

Pour unifier tout cela Jan Lauwers s’est intéressé à l’œuvre d’un poète arabe aveugle des X-XIème siècle, Abû al’ala al Ma’arri et d’une poétesse andalouse du XIème siècle Wallada bint al Mustakfi. Ils apportent une poésie empreinte de philosophie qui irrigue le spectacle.

C’est une fresque complète, physique, plastique et musicale que nous offre Jan Lauwers. La scénographie offre des images fortes, avec une énorme machine en forme de balancier, un cadavre de cheval évoquant les Croisades et qui pèse sur les hommes et un duel de tours impressionnantes. Le rock déchaîné joué sur scène, la danse, en particulier le hip-hop virtuose de Mohamed Toukabri, les langues qui se mêlent, tout cela sert l’idée d’une Histoire violente. Jules Beckman, l’un des comédiens dit « Nous sommes tous réfugiés ou cannibales. Mangez ou l’on vous mangera. C’est ce que nous apprend l’histoire ». Pourtant l’idée qui s’impose c’est que au-delà des clichés et des querelles des nations, nous appartenons tous à une humanité qui peut être généreuse. « Je suis tout le monde et le monde c’est moi » conclut Jan Lauwers.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h

Théâtre National de la Colline

15 rue Malte-Brun, 75020 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Comparution immédiate II : une loterie nationale ? »
    Plusieurs pièces se sont attachées ces derniers mois au spectacle des prétoires. Ce qui s’y passe ressemble souvent à du théâtre, les prévenus comme les avocats, le procureur et les juges se mettant en... Lire la suite (21 janvier)
  • « Le reste vous le connaissez par le cinéma »
    Présentée en juillet dernier au festival d’Avignon, cette version contemporaine des Phéniciennes d’Euripide, écrite par l’auteur britannique Martin Crimp et mise en scène par Daniel Jeanneteau, est... Lire la suite (20 janvier)
  • « Une histoire d’amour »
    Justine sort d’une histoire d’amour avec un garçon et tombe amoureuse de Katia, un amour brûlant. Justine veut un enfant, Katia trop blessée par la vie est très réticente. L’enthousiasme de Justine... Lire la suite (19 janvier)
  • « Dépendances »
    Deux frères, Henri et Tobias se retrouvent dans un appartement vide et un peu délabré qui fut celui de leur famille. Ils attendent leur frère Carl, qui comme d’habitude est en retard, pour décider de... Lire la suite (18 janvier)
  • « Un conte de Noël »
    La metteuse en scène Julie Deliquet a fait des études de cinéma et s’est toujours intéressée au rapport entre théâtre et cinéma, comme elle l’avait si bien montré avec Fanny et Alexandre créé l’an passé... Lire la suite (17 janvier)